LA PEUR DE LA POLICE. Témoignage "Ce que j'ai vécu ce 11 mai à #Nantes ( #acte26 )....

Mis a jour : le mardi 14 mai 2019 à 10:08

Mot-clefs: Répression gilets_jaunes
Lieux: Nantes

Publié par le groupe: GroupAutoMedias44

LA PEUR DE LA POLICE (ou comment j'ai passé une heure en boule planquée dans un buisson pour échapper à la bac...)

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Des milliers de gilets jaunes étaient au rdv ce samedi à Nantes, une manif qui s'est plutôt bien déroulée malgré qu'elle fût interdite par le préfet la veille au soir. Disons que cette fois-ci on a pu marcher plus d'une heure avant de commencer à être gazé.

On m'avait dit qu'à Nantes les baqueux étaient "méchants", plus qu'à Paris, mais après tout, je ne suis pas black bloc et je ne jète pas de projectiles sur les forces de l'ordre, alors à part les gazs lacrymos (de ce côté là ils ont fait TRÈS TRÈS fort ! ), j'ai peu de chances de me faire matraquer. Et puis après Paris, je me disais "surtout ne pas se retrouver nasser à quelques dizaines de personnes", risque majeur pour être interpellée et placée en garde à vue. En bref, RESTER DANS LA MASSE était pour moi le plus sûr moyen de maintenir mon intégrité physique...

RESTER DANS LA MASSE, c'est ce qu'on a essayé de faire, on était 3, on ne devait surtout pas se séparer !!
Sauf que voilà, tout a été très vite, et tu te fais surprendre, surtout par la bac, qui apparaît de nul part en troupe de 10 environ, aux coins des rues, qui fonce dans le tas, ils attrapent les gens (ou pas), traînent des femmes par les cheveux, matraquent les moins "rapides" à s'échapper...

Donc nous étions plutôt en fin de cortège, "dans la masse", quand soudainement, un cordon de crs scinde le cortège en deux : la première partie continue sa marche, pressée par les tirs de lacrymos et de grenades de désencerclement et la queue de cortège se retrouve encerclée et "poussée" dans le sens inverse. Nous voilà donc quelques centaines à être dirigé à coups de grenades lacrymos et de désencerclement dans le sens opposé à la marche du cortège, les gens sont tendus, certains ont peur, mais nous avançons, vite, pressés (j'apprendrai plus tard que les gendarmes mobiles tire au LBD à l'arrière dans le dos des gens)....

RESTER DANS LA MASSE, RESTER DANS LA MASSE COÛTE QUE COÛTE !!

Par moment des cris "bac, bac, bac, courez" : alors on court, mon chéri et moi main dans la main, déterminés à ne surtout pas être séparés. Et puis on s'arrête de courir, mais on est poussé par les forces de l'ordre à l'arrière. Un carrefour. Je ne sais pas trop ce qui s'est passé à ce moment-là, si le groupe a de nouveau été scindé ou si certains ont réussi à s'extirper de cette "queue de cortège fatale", mais rapidement on se retrouve dans une large rue, et on se regarde tous les trois, inquiets, autour de nous, parce que là, on est peut-être seulement une centaine de manifestants, avec la bac et la gendarmerie mobile aux trousses.

MAIS OÙ EST PASSÉE LA MASSE ??????

A partir de là, ça été chacun pour sa peau (moi et mon chéri toujours main dans la main, serrée)... Tout le monde s'est mis à courir, très vite, et on savait qu'il ne fallait surtout pas s'arrêter ! Arrivée à un carrefour, c'est un peu la panique, pas le temps de tergiverser, ni de réfléchir, chacun cherche la meilleure voie pour "s'en sortir". Nous sommes déjà très essouflés, les jambes commencent à faire mal mais pas le choix, il faut continuer de courir.... Moi, mon chéri et notre ami prenons une rue, comme une trentaine d'autres manifestants, toujours en courant, sauf que là, horreur, une rue en côte !! Impossible de faire demi-tour, nous courons, mais je suis à bout de souffle, j'ai les jambes coupées, je sais que je ne tiendrai même pas jusqu'en haut de la rue. Tout en courant, je regarde autour de moi, s'il y a une "issue", quand soudain, un petit jardin de 10 mètres carrés, le portillon ouvert. Moi et mon chéri avons la même idée en même temps, on tente le coup. Et en un bond, on se retrouve couché, sous un petit buisson, en boule l'un contre l'autre, la sueur qui coule à seaux, près de la barrière du jardin, à 2 mètres du trottoir, on ne bouge plus...

Quelques secondes plus tard, juste sous nos yeux, le groupe qui était avec nous se fait choper, frapper, tout en se faisant insulter.... Putain, je me disais, ils vont fouiller les entrées d'imeuble, les jardins, comme ils font tout le temps, on est cuit !!! Et puis non.... Ils procèdent aux interpellations, à quelques mètres seulement de nous, juste LÀ, juste là où on s'est planqué (enfin, on était visible je pense, nous on les voyait très très bien à travers les feuilles). Et puis on entend les motards arriver, et puis pleins de camions de police qui passent, dont deux ou trois qui se garent là : 28 personnes se font embarquer, on entend les radios des keufs comme si on était dans le camion, LA FLIPPE TOTALE !!!!

Les minutes passent, interminables, on s'attend à ce qu'ils viennent nous chercher, c'est long, on attend dans un silence de mort...

Une heure ça a duré, quand soudain, les portières claquent, les motos démarrent, des bruits de moteurs, et puis plus rien... On sort de notre cachette, on en revient toujours pas d'être encore ensemble, d'y avoir échappé !!!

Après, on essaye de voir où on est, et on regagne le centre ville, l'hélico de gendarmerie toujours au dessus de la tête...

Un coup de fil nous apprend que notre ami, lui, s'est fait choper plus loin (le même ami qui a déjà fait une garde à vue de 24h à Paris !), mais par chance, il a eu "juste" contrôle d'identité (heureusement pour lui qu' ils n'ont pas fait les vérifications sur informatique !!) et confiscation de son matériel de protection...

Il est environ 18h, on retrouve notre ami et quelques centaines de manifestants en ville, on se rapproche, mais ça continue de canarder et de gazer... On a beau être très déterminés, motivés et impliqués dans le mouvement, au vu de ce à quoi on vient d'échapper, cette fois-ci on a tourné les talons avant de se retrouver de nouveau nassés, et on a regagné notre voiture située à une trentaine de minutes de là.

Ce matin je m'informe : bilan provisoire de plus de 50 blessés (source "collectif des streets medics" ), des évacuations pour détresse respiratoire (même avec des protections ça brulait grave), une femme traînée par les cheveux par les crs, beaucoup de promeneurs gazés et choqués, utilisation massive de grenades lacrymogènes et de désencerclement censées exploser au sol mais fait au niveau de la tête, tirs de LBD40 sans retenue et dans le dos,...... Et on n'a pas fini d'en lire, des dizaines de témoignages effarants.... Et RIEN à la télé, bien sûr....

BIENVENU EN FRANCE ???????? LA DICTATURE SÉCURITAIRE EST BIEN INSTALLÉE !!!
Courage, force et honneur à tous ceux qui étaient présents à Nantes, déterminés, on ne lâchera RIEN !!!"

Témoignage sorti de facebook
Photo de NDR sortie de twitter

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