« IA et idiocracie »
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« IA et idiocracie » a été publié dans le journal Anti Sistema à l’automne 2025.
Le numéro et tous les précédents sont disponibles en intégralité sur antisistema.noblogs.org en allemand et en anglais.
D’autres articles ont été traduits en français :
– « À propos de la capacité d’agir anarchiste. Une réponse au texte « En attendant la guérilla anarchiste » » (PDF)
– « La propagande par le fait » (PDF)
– Et une sélection ici :
« Edito » (du numéro 0)
« Une lutte déterminée contre la destruction industrielle de la Terre »
« Lier la question révolutionnaire et la question écologique »
« Dans un étau : Le chantage du pouvoir »
« Mégaprojet, « transition énergétique » : Localiser les points faibles »
« Toutes et tous en état de guerre »
C’est vraiment particulier comme texte. A la fois sa décrit des sensations et des réalités en cours de manière assez juste mais en même temps le propos mélange et compare plein de choses différentes.
Par exemple, vu la définition et les critiques faite a la technologie, je ne comprends pas pourquoi l’écriture de lettre n’est pas considéré comme une technologie. C’est pourtant bien un rapport médié à l’autre, sans contact direct, sans impression sensorielle et où l’on ne peut percevoir les sentiments de la personne.
D’ailleurs énormément de points évoqués ici peuvent s’appliquer de manière particuliérement juste a la forme écrite (lettre, encyclopédie, journaux a grand tirage, magazine…).
Une autre chose particulièrement perturbante du texte, c’est la présentation de la technologie comme extérieur et autonome à l’humain.
C’est une position qui fait totalement disparaître les rapports de force sociaix, les dynamiques de pouvoir et la réalité concrète de la recherche et du développement techno-industrielle.
De plus, c’est une position qui historiquement est lié à des positions réactionnaires voir nazis issus de la pensée de Heidegger et ses disciples (dont Gunther Anders). C’est donc pas un hasard si dans la conclusion du texte se trouve une phrase qui semble directement issus de ce schéma de pensée, reprenant les codes de l’antisémitisme dissimulée derrière l’apparence pseudo-intello de la philo :
» La culture technologique nous transforme en personne sans monde, qui n’ont pas de communauté, pas de racines, pas de signification et pas d’imagination. »
Si vous trouvez que ça ressemble au stéréotype du juif apatride, c’est pas un hasard.
On peut se permettre de se moquer de personnes qui parlent de faire des recherches, de refuser de déléguer à ChatGPT/Google et qui visiblement sont même pas capable de se renseigner sur leurs références idéologiques (qu’elles ne nomment pas évidemment sinon ça serait trop pratique j’imagine).
Parce que le contrôle de l' »imagination »,la transformation des personnes en serviteur et autres, c’est pas une spécificité ou une nouveauté du minitel, des smartphones ou autres.
C’est le projet constant du pouvoir, que ce soit les patrons de presse du XIXe, les prêtres de l’époque médiévale, des conjoints violents, des empereurs romains, des inquisiteurs, des commissaires politiques ou des esclavagistes…
Ce texte fait disparaître les rapports concrets du pouvoir et les individus réels qui le détienne, en dissimulant tout cela derrière l’idole de la technologie (aujourd’hui sous la forme du smartphone, hier du livre).
Le commentaire du troll ci-dessus a du passé sous les radars des modérateur-e-s. Voilà comment, en réfléchissant à un texte venant d’Allemagne, on en vient si facilement à conclure ce que ça raconte : « La culture technologique nous transforme en juifs apatrides. » Merci Ed de nous faire perdre du temps avec une argumentation si longue pour une conclusion tellement à côté de la plaque.
Il n’y a rien de troll dans mon commentaire.
Gunther Anders (disciple de Heidegger auquel il reprend la majorité de sa critique de la technologie) est une référence d’Antisistema. On le retrouve notamment cité à la fin de la sélection inclue en lien.
Ensuite, ce message n’est pas une « argumentation avec une conclusion » mais un empilement de critiques.
La première critique, c’est que la définition de technologie et les reproches qui lui sont faits sont si peu spécifiques qu’ils peuvent servir à critiquer absolument n’importe quoi : des livres aux appels téléphoniques en passant par les réseaux sociaux.
La deuxième critique, c’est de faire disparaître l’agentivité des humains qui financent, conçoivent, mettent en place et utilise les technologies.
Ensuite je fais remarquer que ce type de réflexions se retrouve dans la pensée du nazi Heidegger, dont Gunther Anders est un disciple. Et pour illustrer que ce texte n »arrive pas à se distancer de cet héritage, je produis une citation fortement marqué par les stéréotypes antisémites nazis : celui du juif cosmopolite/apatrides.
Ici le problème de l’antisémitisme du texte n’est pas de dire que nous allons nous transformer en « juif apatrides » (ce qui est une lecture totalement à l’ouest de ma critique). Déjà parce qu’à l’exception des Cahiers Noirs, l’antisémitisme d’Heidegger et de ses disciples est plus dissimulé, jamais aussi frontal.
L’antisémitisme se situe dans le fait de reprendre un ensemble de références antisémites, de traits considérés comme négatifs et associés aux juifs. Sans expliquer les termes flous utilisés : dans le discours Heidgerrien, l’imagination s’oppose au calcul, considéré comme un trait négatif « juif » (ouais ouais). Notons d’ailleurs que ce sont aussi en partie des stéréotypes anti-tsiganes, une autre cible du processus génocidaire nazi.
Je sais pas vraiment quel est l' »anarchisme » des personnes qui publient ce genre de texte, mais le refus des racines (donc des traditions) et des communautés imposées (famille, religion, patrie…), c’est bien souvent un des points de départ de la révolte anarchiste.
Ensuite la troisième critique que je fais, c’est que les auteurs de ces textes critiquent la médiocrité des outils de recherche et l’effondrement de la réflexion (page 9 et 10) mais sont incapables eux-mêmes de faire un travail de recherche et d’information sur les références qu’ils mobilisent (ou sur les références des textes qu’ils traduisent). Parce que les critiques que je fais ici ne sont ni nouvelles, ni récentes, ni dissimulée dans des ouvrages ou textes rares.
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Une plutôt bonne explication des mécaniques de dissimulation du nazisme chez Heidegger sont disponibles ici :
Contre Heidegger. Une critique matérialiste et antiraciste d’Être et temps (podcast)
https://sortirducapitalisme.fr/emissions/contre-heidegger-une-critique-materialiste-et-antiraciste-detre-et-temps/
Sur le même cite, on trouvera une fiche de lecture de Heidegger, les juifs, la Shoah de Donatella Di Cesare (https://sortirducapitalisme.fr/notes-de-lecture/donatella-di-cesare-heidegger-les-juifs-la-shoah/)
Dont je me permets de prendre une citation :
« L’axe gréco-allemand, plus largement l’axe européen, enveloppe selon Heidegger l’humanité concernée par la question de l’être, c’est-à-dire l’humanité tout court pour Heidegger, et ce qui s’oppose à cette humanité sera pour Heidegger la rationalité calculatrice, intrinsèquement juive, non-humaine, dépourvue de monde et de « sol ».
L’accélération, le déracinement, le tourbillonnement « dévalant », l’équivoque, la curiosité, le bavardage, tous ces modes de la « déchéance » que Heidegger décrit dans Être et temps lorsqu’il décrit la « quotidienneté moyenne » du Dasein, seraient des modes intrinsèquement diffusés par cet esprit instrumental « juif », comme on le comprend en lisant ces Cahiers noirs. »
Si le sujet intéresse, je recommande la lecture des ouvrages d’Emmanuel Faye (ou de fiche de lectures) :
– Heidegger, l’introduction du nazisme dans la philosophie
– Arendt et Heidegger. Extermination nazie et destruction de la pensée
Pour une critique des deux disciples communément cité dans des textes « anarchistes », je recommande :
– Hannah Arendt et la question juive. Pour une relecture de Michel Dreyfus
– A propos de Günther Anders – Du mythe à la triste réalité