Décès de Raoul Vaneigem
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L’écrivain (une cinquantaine de livres) et philosophe belge Raoul Vaneigem est décédé le 28 juillet 2026 à l’âge de 92 ans. Anarchiste, il était très ami avec notre compagnon Marc Tomsin (avec qui nous avions créé en 2008 l’émission «Terre et liberté » devenue plus tard «Trous noirs»), décédé en juin 2021. Sur le site La Voie du jaguar animé par ce dernier, figurent plusieurs textes de Vaneigem, dont un hommage à Marc après son décès : https://www.lavoiedujaguar.net/Un-hommage-de-Raoul-Vaneigem-a-son-ami-Marc-Tomsin
« Légataires des insurgées et des insurgés du passé, nous jetons les bases d’une véritable internationale du genre humain. Choisir le parti pris de la vie est désormais le seul recours contre ceux qui sèment la mort sur la terre entière. C’est le combat que tu as choisi de mener et ton amitié rayonnante avait souvent plus d’efficacité que bien des diatribes ».
Les Éditions Rue des Cascades du même Marc Tomsin avaient publié en 2010 son livre L’État n’est plus rien, soyons tout.
Il est essentiellement connu pour sa participation, de 1961 jusqu’à sa démission en 1970, à l’Internationale situationniste et son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, paru en 1967.
Ce livre démonte les mécanismes de la domination et cherche dans la vie quotidienne les forces capables de les renverser. Allergique aux idéologies marxistes-léninistes et trotskistes, Il participe à Mai 68 en étant très critique vis-à-vis des mouvements gauchistes.
Il précise ses propositions dans le livre De la grève sauvage à l’autogestion généralisée en 1974. Quelques dizaines d’années plus tard, avec son ami Siné il participe au journal Siné Mensuel.
Ses ouvrages opposent la vie contre la survie, le don contre l’échange marchand, l’autonomie contre les dominations. Se déclarant « pacifiste insurrectionnel », il cherche à construire des espaces où l’État et le marché perdraient leur emprise. Il s’est beaucoup intéressé aux Gilets jaunes (« La démocratie est dans la rue, pas dans les urnes« ), au zapatisme et au Rojava comme espaces d’autonomie et d’entraide à l’écart de nouvelles conquêtes du pouvoir : « Le peuple prenant par lui-même les décisions qui le concernent s’inscrit dans la lignée de l’expérience autogestionnaire menée par les collectivités libertaires espagnoles de 1936. Les zapatistes du Chiapas, les insurgés du Rojava, la tendance la plus radicale du mouvement des Gilets jaunes en France s’en inspirent aujourd’hui unanimement en dépit d’une grande diversité de conditions historiques, politiques et géographiques », mai 2021.
Sa chanson de 1974 « La vie s’écoule, la vie s’enfuit » interprétée ici par Jacques Marchais passe souvent dans Trous noirs : https://www.youtube.com/watch?v=TQWvjqrHdiQ
Serge – Trous noirs
P.S. : Ci-dessous pour mieux comprendre sa pensée très riche, quelques extraits de textes et d’entretiens parus notamment sur le site La Voie du jaguar
Octobre 2008 « Il est temps de jeter les bases d’une société nouvelle, de construire l’autogestion en nous emparant des énergies alternatives et en les mettant au service des collectivités refusant d’avoir des comptes à rendre aux gestionnaires de la faillite mondiale et aux escrocs dont le pouvoir n’a d’autre soutien que la passivité et la résignation des masses ». « Je n’ai jamais confondu révolte et révolution, et moins encore émancipation et prédation. L’émeute est un exutoire, la révolte est toujours récupérable. Les collectivités autogérées ne le seront pas. Nous ne sommes ni des pirates, ni des en-dehors, ni des marginaux, nous sommes au centre d’une société solidaire à créer et, que nous le voulions ou non, il faudra bien que nous apprenions à opposer une démocratie directe à cette démocratie parlementaire, clientéliste et corrompue qui s’effondre avec les puissances financières qui la soutenaient et la dévoraient ».
Septembre 2013 « On croit en Dieu parce qu’on a pas les moyens de croire en soi, investissant un « au-delà », car incapables de vivre un « ici-bas » »
Juin 2019 « On sait comment le combat pour le prolétariat a viré à une dictature exercée contre lui et en son nom. Le communisme et le socialisme en ont fait la preuve ». « On voit d’un côté le ridicule d’élections accaparées par une démocratie totalitaire qui prend les gens pour des imbéciles, et d’autre part le mouvement des gilets jaunes qui se moque des étiquettes idéologiques, religieuses, politiques, refuse les chefs et les représentants non mandatés par la démocratie directe des assemblées ». « Sauver les acquis sociaux ? Ils sont déjà perdus. Trains, écoles, hôpitaux, retraites sont poussés à la casse par le bulldozer de l’État. La liquidation continue. La machine du profit, dont l’État n’est qu’un banal engrenage, ne fera pas marche arrière. Comment ne pas faire plutôt confiance aux mains qui dans les carrefours, les maisons du peuple, les assemblées de démocratie directe, s’activent à la reconstruction du bien public ? »
Avril 2020 « L’État et ses commanditaires ont bousillé les services publics. Plus rien ne marche. Nous le savons en toute certitude : la seule chose qu’il réussit à faire fonctionner, c’est l’organisation criminelle du profit ». « Le temps n’est plus à l’indignation, aux lamentations, aux constats du désarroi intellectuel. J’insiste sur l’importance des décisions que les assemblées locales et fédérées prendront « par le peuple et pour le peuple » en matière d’alimentation, de logement, de transport, de santé, d’enseignement, de coopérative monétaire, d’amélioration de l’environnement humain, animal, végétal ». « Souvenons-nous que ce qui a détruit et interrompu l’expérience des collectivités libertaires de la révolution espagnole, c’est l’imposture communiste .»
Novembre 2020 « Le Mouvement des occupations de Mai 68 a porté un coup mortel à des vérités tenues pour immuables depuis des millénaires : le pouvoir hiérarchique, le respect de l’autorité, le patriarcat, la peur et le mépris de la femme, la haine de la nature, la vénération de l’armée, l’obédience religieuse et idéologique, la concurrence, la compétition, la prédation, le sacrifice, la nécessité du travail » « La religion a toujours été le cœur d’un monde sans cœur. Lorsque les luttes sociales ont fait battre l’organe vital d’une société radicalement nouvelle, on a assisté à la déconfiture du christianisme ». « Il est des flambées d’impatience où je crierais volontiers : « Lâchez tout ! Balayez vers l’égout les thuriféraires de l’argent ! Brisez les amarres du vieux monde, prenez à bras-le-corps la seule liberté qui nous rende humains, la liberté de vivre ! » »
Mai 2021 « Le capitalisme industriel avait favorisé dans son essor l’efflorescence d’inventions nouvelles (électricité, machine à vapeur, chemin de fer). Ce qui subsistait de recherche indépendante est désormais soumis au contrôle accru des intérêts mercantiles qui gèrent les budgets. Le capitalisme financier produit un vide de la science et de la conscience. Physique, biologie, art, médecine sont en quête d’une refonte radicale ». « L’État n’est plus qu’un instrument manipulé par les firmes multinationales, qui, avec ou sans le relais de l’Europe, lui imposent leurs lois et leurs juridictions. La répression policière est la seule fonction qui lui incombe encore ». « Les élections ont toujours été les arènes où la jactance des élus sollicitait la sottise d’électeurs persuadés d’être représentés par eux ». « Pendant que s’affrontent rétro-bolchévisme et rétro-fascisme, les mafias mondialistes empoisonnent et polluent impunément villes et village ». « L’autonomie des individus est la base de l’autogestion. Elle émancipe de l’individualisme, qui prête une liberté fictive aux moutons de la servitude volontaire. Elle apprend à distinguer militantisme et militarisme. L’engagement passionnel ne peut se confondre avec le sacrifice. Le combat pour la liberté refuse les ordres. La confiance et le mandat que lui accorde la solidarité lui suffisent ».
Août 2022 « Si sympathiques qu’elles soient, les manifestations en faveur du climat servent d’exutoires au sentiment d’impuissance qu’éprouvent intimement les protestataires. Comment imaginer que des mesures pratiques et un tant soit peu conséquentes contre la pollution puissent être adoptées par des États et des monopoles qui en sont la cause et les bénéficiaires ? » « Pendant que les pitreries médiatiques captent l’attention, les lobbies du nucléaire, du pétrole, de la pharmacie, de la 5G, du gaz de schiste, des malversations bancaires, triomphent avec le soutien d’une corruption et d’un parasitisme étatiques exhibés sans scrupules ». « L’autogestion — autrement dit l’organisation du peuple par lui-même — n’a plus rien de subversif, c’est une cure de santé parfaitement légitime ! »
La FA et le Monde libertaire n’ont pas fini de nous étonner. Farouchement contre les situationnistes, les sites anars respectables n’ont pas peur de les récupérer quand ils redeviennent à la mode, quitte à passer sous silence leurs divergences fondamentales. Voilà ce que pensaient de la FA les situationnistes, Vaneigem compris, au moment de la grande scission de la FA, en 1967, où 13 groupes ont quitté l’organisation à cause de ses pratiques autoritaires et sa dérive idéologique.
Les scissions de la F.A.
par Internationale situationniste
« Contrairement à tous les bruits répandus sciemment dans la Fédération Anarchiste, et clamés jusque dans son Congrès de Bordeaux, il n’y a jamais eu aucune sorte de « complot situationniste » tendant à faire éclater cette Fédération, qui a toujours présenté à nos yeux l’inintérêt le plus total. Nous n’y connaissions personne. La lecture épisodique du déplorable Monde Libertaire était loin de nous laisser supposer que l’I.S. pût y avoir la moindre audience. De la misère en milieu étudiant apporta à cet égard une certaine surprise : différents membres de la F.A. parurent l’approuver. La direction permanente de la F.A., qui avait absolument tout supporté, dans ses rangs ou en invité dans son journal, du pro-chinois, du surréaliste, du lettriste, avec la même bienveillance qu’elle accorde au syndicat Force Ouvrière, réagit très vivement pour soustraire on ne sait quels militants à la première influence qu’elle jugea pernicieuse. Un article nous calomniait avec la dernière lourdeur. Nous envoyâmes une réponse assez dure, ce qui plaçait tout individu à prétention révolutionnaire dans l’obligation d’en exiger la parution et, puisqu’elle apparaissait impossible à ses chefs, d’en tirer les conséquences. C’est, par exemple, ce qui ne firent pas les « anarchistes » du Groupe de Nanterre, de vrais étudiants qui croyaient pouvoir s’offrir les luxes réunis de nous applaudir en esthètes, d’être garantis anarchistes par l’étiquette F.A., et de n’être en rien compromis par les actes de la F.A., puisqu’ils la condamnaient à tout instant à l’extérieur. Trois groupes se trouvèrent en cette circonstance — celui de Ménilmontant, le Groupe Anarchiste-Révolutionnaire et le Groupe Makhno de Rennes — pour défendre une position honorable. Ce problème fit surgir tous les autres. Les choses s’envenimèrent au point qu’au Congrès de Bordeaux, en avril, tandis que ces trois groupes rompaient avec la totalité de la F.A., une autre scission, numériquement beaucoup plus considérable, était amenée à fonder une F.A. bis, qui reproduit pour son propre compte la confusion et les carences de la véritable. Bien entendu, l’I.S. n’avait et n’aura aucune sorte de relation avec ces deux F.A. De leur côté, les trois groupes radicaux qui se sont définis dans ce processus ont fusionné, et ont annoncé la prochaine parution d’une revue Internationale Anarchiste (Adresse : 80, rue de Ménilmontant, Paris-20ᵉ). Il est bien clair que, sans que rien d’extérieur ne s’en occupe, la F.A. devait éclater d’ellemême à partir du moment où certains de ses membres découvriraient la moindre trace d’un courant critique réel d’aujourd’hui. Car voir une telle critique est du même coup voir le vide de la F.A., et la manière dont ce vide se défend. »
…même les situationnistes étaient farouchement contre les situationnistes
même Raoul Vaneigem à écrit de très belles pages farouchement contre les situationnistes…
Raoul Vaneigem n’a jamais écrit de belles pages pour la FA, pas plus que d’autre situs ou anti-situs. Et la FA ne s’est jamais expliquée sur son attitude de l’époque.
« …même les situationnistes étaient farouchement contre les situationnistes » !!!!!
Exemple d’une phrase qui ne veut rien dire !
Outre sa constance révolutionnaire, Raoul Vaneigem a écrit de très belles pages pour expliquer ses revirements idéologiques, sa critique et sa rupture du situationnisme, sa méfiance grandissante vis-à-vis de la violence ou du gauchisme etc
Mais pour le savoir, il faudrait lire, par exemple : «Le Chevalier, la Dame, le Diable et la Mort», paru vers 2003
Par le groupe Noir et Rouge
CONTRE LA CONFUSION
https://cras31.info/IMG/pdf/lagan_-_contre_la_confusion.pdf
………………La Fédération Anarchiste et le Monde libertaire n’ont pas une ligne politique unique………..
Pour en finir avec la Fédération Anarchiste – Une nécrologie
https://ravageeditions.noblogs.org/files/2013/03/FA-20p-A5-pageparpage.pdf
"lecteurice" c'est comique vu les positions de "ravage éditions" sur le féminisme et la féminisation. T'as du rater un épisode.
Encore plus drôle quand on voit que la FA et ravage se rejoignent sur certains thème sujet celui-ci.
Décidément, les sales trolls ne lisent pas !
sisi
impératrice
Raoul Vaneigem est décédé ce 28 juillet à l’age de 92ans. Nous préférons partager quelques titres de ses livres, sa chanson ‘la vie s’écoule » et un texte, au lieu d’une biographie que l’on trouve facilement un peu partout.
IL était entre autre l’auteur de:
* Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations[
* Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l’opportunité de s’en défaire[
* De l’inhumanité de la religion
* Pour l’abolition de la société marchande pour une société vivante
* Salut à Rabelais ! Une lecture au présent
* Abolir la prédation, redevenir humain. Appel à la création mondiale de collectivités en lutte pour une vie humaine libre et authentique
et bien d’autres encore…
extrait du chapitre 15 du « Traité de savoir vivre à l’usage d’une jeune génération »
en téléchargement : https://cras31.info/IMG/pdf/h_-_vaneigem_raoul_-_traite_de_savoir-vivre_a_l_usage_des_jeunes_generations.pdf
LE ROLE
Nos efforts, nos ennuis, nos échecs, l’absurdité de nos actes proviennent la plupart du temps de l’impérieuse nécessité où nous sommes de figurer des personnages hybrides, hostiles à nos vrais désirs sous couvert de les satisfaire. «Nous voulons vivre, dit Pascal, dans l’idée des autres, dans une vie imaginaire et nous nous efforçons pour cela de paraître. Nous travaillons à embellir et à conserver cet être imaginaire et nous négligeons le véritable.» Originale au XVII° siècle, en un temps où le paraître se porte bien, où la crise de l’apparence organisée affleure à la seule conscience des plus lucides, la remarque de Pascal relève aujourd’hui, à l’heure où les valeurs se décomposent, de la banalité, de l’évidence pour toustes.
Par quelle magie attribuons nous à des formes sans vie la vivacité de passions humaines ? Comment succombons nous à la séduction d’attitudes empruntées ?
Qu’est ce que le rôle ?
…
Voici un homme (ou une femme) de trente cinq ans. Chaque matin, il prend sa voiture, entre au bureau, classe des fiches, déjeune en ville, joue au poker, reclasse des fiches, quitte le travail, boit deux Ricard, rentre chez lui, retrouve sa femme, embrasse ses enfants, mange un steak sur un fond de T.V., se couche, fait l’amour, s’endort.
Qui réduit la vie d’un homme à cette pitoyable suite de clichés ?
Un journaliste, un policier, un enquêteur, un romancier populiste ? Pas le moins du monde. C’est lui même, c’est l’homme dont je parle qui s’efforce de décomposer sa journée en une suite de poses choisies plus ou moins inconsciemment parmi la gamme des stéréotypes dominants.
Entraîné à corps et conscience perdus dans une séduction d’images successives, il se détourne du plaisir authentique pour gagner, par une ascèse passionnellement injustifiable, une joie frelatée, trop démonstrative pour n’être pas de façade.
Les rôles assumés l’un après l’autre lui procurent un chatouillement de satisfaction quand il réussit à les modeler fidèlement sur les stéréotypes. La satisfaction du rôle bien rempli, il la tire de sa véhémence à s’éloigner de soi, à se nier, à se sacrifier.
Omnipotence du masochisme !
« Ceux qu’on assassine lentement dans les abattoirs mécanisés du travail, les voici qui discutent, chantent, boivent, dansent, baisent, tiennent la rue, prennent les armes, inventent une poésie nouvelle. »
Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, (« Déchéance du travail », p. 51), Gallimard, 1967.