Les Prides Nocturnes, c’est la fête
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« L’establishment politique « LGBT » est devenu une force d’intégration, de gentrification, de capital et de pouvoir d’Etat. » Bash Back
Il y a quelques semaines, je me suis rendu.e en ville (peu importe où) pour la pride nocturne. Je n’étais point allé.e à la pride de journée, défiler au milieu de drapeaux arc-en-ciel et de flons-flons ça m’intéresse peu, pour rester gentil.le. Non pas que je me fasse de grandes illusions sur les prides nocturnes, mais il y a un côté plus « radical » (pas difficile), d’ailleurs celle où je me suis rendu.e était vue comme la « pride politique ». Comme quoi en fait tout était déjà clair, ma naïveté continue de me perdre.
En cette chaude soirée d’été (vivement que LFI l’emporte comme ça y’aura plus de réchauffement climatique d’abord), je me rends donc au lieu de départ de la pride nocturne. Déjà, y’a un méga char, j’avais jamais vu ça, ça s’annonce pas ouf. Ensuite, il y a un camion CGT avec drapeaux arc-en-ciel CGT flottant au vent. Pis des centaines de petits drapeaux cette fois-ci CFDT arc-en-ciel sont diffusés aux masses LGBTQIA+. Mais pour moi la palme revient sans conteste aux pancartes des sauveur.ses suprêmes face aux fascistes, t’as compris de qui je parle. Plusieurs de leurs croyant.es lèvent fièrement des pancartes non point « Nouvelle France » mais… « Nouvelle Trans ». Ouahou. Je me demande déjà ce que je fous là. Surtout que je suis pas fier.e d’être exilé.e de la binarité, mais je sais pas, je me suis dit allez on va y faire un tour.
Y’a aussi deux petits cortèges : les anarchistes. D’habitude ‘sont en unité avec leurs ami.es fascistes rouges (dont je reparlerai) dans leurs mascarades antifa. Iels chantent des slogans. Y’en a un qui m’interroge. « Solidarité avec les queers du monde entier ». Ah bon. Non parce que des « queers », y’en a chez les flics, chez les maton.nes, chez les député.es, chez les capitalistes, chez les fascistes rouges (liste non exhaustives). Je me sens solidaire rien du tout.
Pis y’a aussi les fascistes rouges, à savoir La Jeunesse Communiste (la nouvelle orga maoïste) et son syndicat étudiant la FSE. Bon, c’est vrai, sous Mao, les gouines, les pédés (et certainement les personnes trans) c’était peine de mort sous l’accusation d’être des espions de l’impérialisme américain. Sous Lénine et Staline c’était pas beaucoup mieux. Mais on s’en fout hein, ce soir c’est la fête. Néanmoins un moment drôle, je me retrouve par hasard devant le cortège des fascistes rouges, et juste à côté y’a des personnes de L’Union Etudiante, qui me demandent si je connais des chants anti-maos « Plutôt anarcha-féministes que maoïstes » je réponds. Iels se mettent à chanter des trucs contre les rouges, me disant que plus personne peut les saquer (sauf si t’as bien lu… les anarchistes, bravo).
Mais attends quand même, on fait pas que marcher sous la zik qui fait saigner mes oreilles, sous les drapeaux et pancartes tout ça non non. Faut aussi s’arrêter toutes les 24 minutes pour une démonstration de Lip Sync. Même quand il fait vraiment nuit et qu’on y voit plus rien. Ouais !! Pis aussi pour le discours des syndicaaaaaats, ça permet d’oublier que par exemple à la CGT des affaires de VSS sortent très souvent, avec les mecs protégés par le syndicat. Je note quand même que le camion Solidaires a eu la descence de pas se drapper de drapeaux.
Voilà, et ça pendent 3 heures. Je passe sur le moment où faut s’assoir et chanter « Siamo tutti antifascisti » en tappant des mains tout ça. Y’avait même pas de flics pour encadrer (remarque y’en aurait eu ça m’aurait énervé.e, jamais content.e tfaçon).
Tu vas ptêtre te demander pourquoi je raconte tout ça ? Parce que si il y a de plus en plus de monde aux prides (y’avait plus de 1000 à celle que je te conte ici), il n’y a plus aucune confrontation avec le cauchemar genré, ou presque. Non. Même de nuit. On défile avec syndicats, partis, fascistes rouges, en demandant d’être accepté.es dans ce qui constitue pourtant ce cauchemar genré. Jveux dire, c’est quoi désormais la différence de fond entre pride nocturne et pride de jour à part qu’il fait nuit ? Je me suis même demandé : si j’avais ramené de quoi recouvrir les murs, est-ce que ça se serait passer comme à une manif syndicale, à savoir qu’on vienne faire chier les tagueur.ses ? Et si au lieu de chanter la solidarité avec toustes les queers, les anarchistes eurent chahuté vitrines et autres, il se serait passé quoi ? La fête aurait été gâchée, j’en suis sûr.e. Mais pas pour moi. Voilà, certes c’est pas une surprise, mais le « queer » aussi est désormais intégré à la Grande Famille de Gauche. On défile en rangs d’oignons, en demandant des droits, on fait du Lyp Sinc, tout le monde est copaine avec tout le monde ou presque, vivement les cortèges de flics LGBQTIA+ comme sur l’Île de la Tortue occupée.
Après, les quelques individu.es que je connaissais vite fait ont passé un bon moment, tant mieux, si ça permet de souffler pendant quelques heures. Mais la pride nocturne, c’est aussi désormais le spectacle, et pour moi le spectacle de la défaite d’une opposition frontale et sans compromis avec le cauchemar genré et le monde qui le permet, à savoir les Etats, tous les Etats partout tout le temps et la civilisation.
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