C’est pas les forêts qui devraient cramer !
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Extrait de la chanson « C’est normal », un échange entre Brigitte Fontaine et Areski :
– Qu’est-ce que tu voulais ? La la la…
– Là je voulais savoir… Tout l’immeuble, il est en train de brûler, c’est bien ça ?
– Mais oui, écoute. Les matières qui ont servi à la construction de cet immeuble sont très fragiles. Tu comprends ?
– Oui.
– C’est normal parce que de toutes façons il n’y a que des familles d’ouvriers et des étrangers et quelques improductifs.
– Oui.
– Alors le feu s’empare très facilement des matières.
– Ouais.
– Ça se propage. Nous sommes donc en présence d’un incendie.
– Aaaah. un incendie.
– C’est normal.
– Oui, oui, oui.
– Oui ?
– D’accord.
La la la…
Des centaines de personnes qui décèdent à cause des vagues de chaleur, des millions qui survivent dans des logements pourris transformés en bouilloires, des centaines de milliers d’animaux morts de chaud dans les élevages industriels, et déjà plus de 30 000 hectares de forêts partis en fumée, des Pyrénées à Fontainebleau et même dans les Côtes-d’Armor… Chaque été, en France comme partout ailleurs dans le monde, le désastre s’accentue… Ou plutôt les conséquences du désastre, car le désastre, lui, c’est toute l’année qu’il suit son cours. C’est toute l’année que crachent d’innombrables cheminées d’usines dégueulasses, c’est tous les jours que tournent des milliers de réacteurs d’avions, c’est en permanence que roulent des millions de bagnoles… Et tout ceci n’est qu’une partie du problème, le capitalisme se réinventant depuis des siècles pour enrichir les riches tout en ravagant la planète.
Aujourd’hui, pour que cette dynamique ne cesse surtout pas, l’État et les politicards de tous poils rabâchent que le salut de l’humanité viendrait de la « décarbonation », grâce à une « transition énergétique ». C’est par cette grotesque pirouette que les voitures électriques, les champs de panneaux solaires et d’éoliennes, ou encore les usines à hydrogène sont présentés comme écologiques ! Mdr, qui pourrait croire ça ?? Et pourtant quantité de gens ne jurent plus que par ces « solutions » malgré qu’elles creusent des mines géantes partout dans le monde pour en extraire les métaux nécessaires à leur production. Se déplacer en Tesla ou en vélo électrique serait même devenu vertueux…
Si évidemment tout le monde n’est pas dupe au point de se raconter ce genre d’histoires, le capitalisme vert en mode « décarboné » est devenu la norme, en particulier en France où le nucléaire représente plus que jamais « l’énergie propre de demain » (lol). Il est alors normal qu’en pleine canicule, une centrale soit autorisée par dérogation à réchauffer un fleuve jusqu’à 1 degré (https://www.rfi.fr/fr/france/20260712-canicule-en-france-d%C3%A9rogation-environnementale-pour-la-centrale-nucl%C3%A9aire-du-bugey). Oui car, en plus de devoir être alimentée en uranium extrait au Niger ou au Kazakhstan, une centrale doit être refroidie par d’énormes volumes d’eau, puisés dans les fleuves ou la mer, dans lesquels ils sont rejetés une fois rechauffés par l’échange de chaleur. Tout ceci est normal… Et nombreu.x.ses sont celleux qui invoquent le moindre mal pour défendre une industrie de mort pourtant responsable de catastrophes sanitaires et environnementales parmi les pires de l’histoire. « Oui mais faut bien faire marcher la clim’ maintenant qu’on crève de chaud !? » diront certain.e.s. C’est sûr, pour tenir debout dans ce monde toujours plus invivable, il faut bien souvent s’en accomoder… sans pour autant en faire un monde désirable ! Quand on n’a pas les moyens de vivre ailleurs que dans une bouilloire thermique il peut vite devenir indispensable de s’acheter un climatiseur au Aldi d’à côté.

Au-delà de faire tourner les ventilos, l’enjeu de maintenir une centrale en fonctionnement, quand bien même elle empire une situation suffocante, se situe en grande partie ailleurs : c’est tout le complexe industriel qui dépend de son électricité. Désormais c’est sur cette dépendance que l’État français compte capitaliser, en se positionnant comme un territoire de choix pour le développement de l’intelligence artificielle, grâce à ses 57 réacteurs nucléaires. Et oui, alors que les forêts brûlent, l’État veut les remplacer par une forêt de data centers ! Lors du sommet « Choose France » début juin, des grands groupes de l’IA ont promis des dizaines de milliards d’investissements pour la construction de centres de données partout sur le territoire (https://www.nouvelobs.com/economie/20260601.OBS115420/choose-france-data-centers-ia-quelles-sont-les-principales-annonces-du-sommet.html). Construits grâce à l’industrie destructrice de la micro-électronique, ils nécessitent, eux aussi, des quantités colossales de flotte pour être refroidis. Infrastructure d’une technologie qui contribue au perfectionnement de la filière de l’armement, ils se font accepter avec les services de ChatGPT, à qui on pourra demander : « Ma maison est en train de cramer, je fais quoi ?? »

Les maitres de l’IA se gavent, peu importe si les forêts s’embrasent. Celle de Fontainebleau, un des derniers refuges pour les animaux sauvages en Île-de-France, un des seuls espaces sans béton ni champs de maïs, a perdu 2 000 hectares en quelques jours, soit un dixième de sa surface totale. Au même moment, à quelques encablures, les armées européennes de la coalition des volontaires paradaient sur les Champs-Elysées pour le 14 juillet, affirmant leur intention de poursuivre le carnage en cours en Ukraine : près de 500 000 morts depuis 2022 et des territoires complètement dévastés. À l’occasion un accord a été signé pour que la France fournisse 16 avions de combat à l’armée ukrainienne. Ainsi, pendant qu’il envoie ses canadairs éteindre le feu à Fontainebleau l’État envoie ses rafales en allumer d’autres en Ukraine, où déjà près de 100 000 hectares de forêts ont brûlé à cause de la guerre. En plus d’être des charniers les guerres sont de véritables écocides. Leurs répercussions sont mondiales : rien qu’en Ukraine des centaines de millions de tonnes de CO2 sont émis par les bombardements, fuites de gaz, avions militaires et chantiers de reconstruction, réchauffant l’atmosphère avec une puissance inégalable.

De quoi transformer les forêts en tas de paille prêts à flamber à la moindre étincelle, attirant de surcroit les amateur.ices de brasiers grandeur nature… Dès les premiers jours des incendies, le ministère de l’intérieur s’est empressé d’annoncer des interpellations pour mises à feu volontaires ou accidentelles. Aujourd’hui 59 personnes ont été arrêtées, dont 7 en détention provisoire qui, selon les flics, auraient reconnu avoir bouté le feu volontairement. C’est triste que cela puisse passer par la tête de certain.e.s. Dans le même temps ça fout la rage que l’État s’affiche comme le garant de la sécurité et de la protection de la nature, enfermant des gens qui, du même coup, deviendraient les seuls responsables d’une situation qui pourtant les dépasse.

Une situation qui dépasse à peu près tout le monde d’ailleurs. Face à elle, on ne peut plus se raconter que le numérique haute capacité calculera la meilleure solution pour nous, pendant qu’on aura simplement à réduire sa consommation de viande ou favoriser le « upcylcing ». Non, ne vous attendez pas à ce qu’on vous félicite pour votre nouveau compost réfrigérant, et encore moins que ce genre d’éco-geste vous épargne de toute critique. Les conditions climatiques, en même temps que les conditions sociales, vont devenir de plus en plus dures. Les États et leurs enjeux, tout comme les individus avec leurs responsabilités, perpétuent cette vie irrespirable. Mais si ça ne nous intéresse pas de sombrer dans l’indignation désespérée, nous pouvons au moins regarder les choses en face : les conséquences du réchauffement climatique sont irréversibles. Face à ce difficile constat, nous retrouver pour réfléchir ensemble à des manières de s’y confronter, en analyser précisément les causes, imaginer comment faire grincer les rouages de cette machine implacable, sont des pistes pour se défaire de la résignation. En attendant, se balader dans les rues pour recouvrir les murs de peinture est déjà plus réconfortant que rester seul.e à contempler la catastrophe sur l’écran.





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