Que crève la gauche aussi (3) : autonomie et anti-électoralisme (tiré de « La flamme d’or : ouvrir des perspectives révolutionnaires »)
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Pour ce troisième article contre la gauche sous toutes ses formes – réformiste ou « révolutionnaire », mais au final toujours capitaliste et autoritaire –, on partage ce texte trouvé sur internet. Il est tiré d’une brochure sortie en avril de cette année, qui parle de perspectives révolutionnaires et dont on recommande chaudement la lecture (on met le lien en intro). Les auteur-ices y parlent de la séquence politique actuelle, du rôle mystificateur de la gauche institutionnelle – et de son incapacité grandissante à pouvoir encore le jouer – , des problèmes liés aux organisations/comités/assemblées de « lutte » quand elles deviennent des organes de direction… Bref, réformisme et léninisme y sont attaqués en bonne et due forme, et des bouts de perspectives révolutionnaires énoncés clairement – deux choses qui valent le coup à l’heure où la gauche reprend du galon jusque dans les milieux anarchisants.

Pour l’ensemble de la brochure dont est tiré ce texte, c’est ici.
Autonomie et anti-électoralisme
Ce qui a fait partir l’expérience de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en nœud de boudin, c’est l’abandon du principe d’autonomie de la lutte. Autonomie vis-à-vis des organisations syndicales, partisanes, associatives, autonomie vis-à-vis de la gauche et de la politique en général. La perspective révolutionnaire ne s’inscrit pas dans le jeu politique habituel, elle est une rupture.
Cette autonomie est essentielle vis-à-vis des syndicats. Ces organisations sont depuis longtemps intégrées au système, financées par l’Etat, siégeant dans les comités d’entreprise auprès des patrons, perfusées à l’idéologie cogestionnaire. Etant dépendants de l’Etat et du capitalisme, notamment pour se financer, elles auront toujours tendance à reproduire le système plutôt qu’à l’abattre, à négocier la longueur des chaînes plutôt qu’en finir avec l’exploitation, à préférer leur conservation à la perspective révolutionnaire. Elles sont structurellement liées à l’Etat et au Capital et ne peuvent donc pas envisager leur disparition : celle-ci provoquerait aussi la leur.
Il y a bien sûr des nuances entre les différentes sections et il existe des syndiqué-es sincères et combattifs. Ils finissent toujours, quand la situation devient explosive, à déborder leur propre bureaucratie pour rejoindre les insurgé-es. Ce n’est pas pour rien. Les syndicats sont des organes d’encadrement des luttes. Il faut donc les dépasser. On ne combat pas l’aliénation par des moyens aliénés, comme dirait l’autre. Surtout, on ne poursuit pas la fin par tous les moyens, mais on cherche la concordance entre fins et moyens.
Le danger fasciste est quant à lui le dernier argument de vente de partis de gauche incapable de proposer quoi que ce soit. La gauche n’a jamais été qu’une gestionnaire du système en place, sous une forme un peu moins agressive. Et encore… Sauf que la parenthèse ‘’démocratique et sociale’’ du capitalisme est derrière nous.
Rouvrir cette parenthèse exigerait des efforts intenses et un rapport de force considérable. Si une telle chose devait arriver – et il faut l’espérer – ce serait bien dommage de se contenter de petits aménagements tout juste capables de différer l’effondrement ou de redonner un peu d’air dans la lente agonie.
La forme démocratique n’a de toute façon jamais cessé d’être une forme de gouvernement comme les autres, prévoyant la suspension des quelques droits lâchés selon ses besoins et s’assurant toujours le pouvoir de quelques-uns et unes sur les autres. Après avoir démantelé les structures rigides de l’Ancien régime, la bourgeoisie s’est empressée de stopper les processus révolutionnaires et de rétablir l’ordre. Plus souple, les formes constitutionnelles, républicaines et démocratiques vont s’imposer. Elles permettent de faciliter l’accumulation du capital, de lâcher des droits et des garanties sans remise en cause de fond en période de troubles, ou au contraire d’avancer vers des formes plus arbitraires et despotiques. Leur plasticité assure une meilleure reproduction au Léviathan, quitte à ce que quelque chose change pour que rien ne change. A la base de ce nouveau pouvoir fraîchement conquis, il y a d’ailleurs la volonté de ne jamais laisser les individus ordinaires décider et agir librement.
Au fondement de la théorie politique de la délégation du pouvoir et du système représentatif, il y a une idéologie aristocratique : les individus ordinaires seraient incapables de savoir ce qui est bon pour elles et eux ; et ensemble, ils formeraient une foule, une masse, une populace forcément irrationnelle et emportée par ses passions. La rationalité serait l’apanage de celles et ceux qui courent après le pouvoir et l’argent en écrasant les autres.
L’abbé Sieyès, véritable guide de la contre-révolution française après 1789, est l’un des grands théoriciens de cette théorie. Il la résumait d’une phrase simple : « la confiance doit venir d’en bas, le pouvoir d’en haut ». Ce qui est attendu de tout un chacun, c’est seulement de faire confiance aux dirigeants qui, au besoin, ramèneront le troupeau dans le droit chemin par le bâton. La délégation du pouvoir, quelle que soit sa forme, est toujours d’abord un discours d’ordre pour soumettre au droit du plus fort et à l’Etat ; une mécanique bien huilée pour assurer la reproduction permanente du pouvoir. Les élections en sont un des moyens les plus aboutis, mettant en scène des oppositions superficielles permettant de désamorcer les conflits bien réels.
Partout dans le monde, les régimes politiques ont tendance à se durcir. Trump aux Etats-Unis est sur ce point un bon exemple. En France aussi, nous ne sommes plus tout à fait dans un régime de démocratie libérale. Non pas que c’était un régime émancipateur, loin s’en faut, mais ce n’est pas la même chose qu’une dictature. Nous ne sommes plus dans un régime de démocratie libérale, mais nous ne savons pas encore tout à fait dans quoi nous sommes embarqué-es. N’importe qui se confrontant au pouvoir par conviction ou de par sa condition, comme les exilé-es, en fait l’expérience quotidienne. Pour les autres, on peut certes très bien continuer sa vie et ne pas se rendre compte de ces changements rapides ; aller bosser comme si de rien n’était, consommer quand on le peut et fermer sa gueule. « On vit tranquille dans les cachots », comme disait le philosophe. Comme d’habitude, la brutalité s’abat d’abord sur les personnes marginalisées. Qui se soucie réellement des exilé-es, des chômeur-euses, des gosses de banlieue, des anarchistes ? Peu de monde. On peut fermer les yeux et faire comme si de rien n’était. Cela s’étend ensuite aux mouvements sociaux, qu’on réprime avec vigueur. Et puis ça se déploie peu à peu toujours plus loin. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne pour réagir.
Ce serrage de vis global prête le flanc à un antifascisme le plus plat, qui propose au fond de revenir en arrière, au temps d’un capitalisme un peu moins brutal, du moins dans les contrées les plus riches. La brutalité était pour l’essentiel exportée ailleurs, ce qui n’empêchait pas son existence partout où c’était jugé nécessaire. Le pouvoir tient, in fine, par la violence.
Une ombre rôde, donc. Celle du fascisme. C’est du moins ce qu’on entend chez des gens très divers, de sensibilité de gauche ou même qui se présentent comme radicaux ou radicales.
La gauche est souvent présentée comme le moindre mal pour nous sauver du pire. Il faudrait faire front avec elle et lui donner son vote. Pourtant, elle a directement participé au développement de ce serrage de vis global. Elle a même, en France, appuyé sur l’accélérateur (un classique) : cadeaux au patronat, exploitation renforcée des travailleur-euses, contrôle drastique des chômeur-euses, chasse aux sans-papiers, mais aussi répression débridée. La gauche de gouvernement en France, par exemple, c’est celle des grenades assourdissantes et des véhicules blindés à l’assaut de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en 2012, de la charge de gardes-mobiles laissant Rémi Fraisse sur le carreau à Sivens en 2014, de l’état d’urgence de 2015 qui fait entrer les lois antiterroristes dans le droit pénal, des interdictions de manifester lors de la contestation de la loi Travail en 2016… Sans oublier la loi sur l’extension du droit de faire usage de son arme à feu pour la police, en 2017, ce qui a engendré une augmentation rapide du nombre de personnes tuées par des flics : 10 en 2010, 22 en 2016, 40 en 2020, 52 en 2024.
La porte est ouverte pour le gouvernement suivant. La concentration du pouvoir entre quelques mains y s’accélère avec la nomination des préfets, des directions des administrations et des cabinets ministériels directement par le président, le regroupement des administrations ministérielles dans les départements sous la tutelle de l’Intérieur, le gouvernement par décrets et conseils de défense, l’usage frénétique du 49.3 pour passer les lois rapidement sans débats ni vote des députés, la fragilisation de l’indépendance des représentants d’une bourgeoisie concurrente (journalisme, tribunaux), la limitation du droit de grève et la répression des oppositions, l’imposition de gouvernements malgré les résultats électoraux, etc.
Sans parler des petites choses très révélatrices : coller des affiches dans la rue expose de plus en plus à la garde-à-vue, diffuser des tracts dans une faculté à la répression des vigiles, obtenir une salle municipale pour se réunir au refus pur et simple. La liberté d’expression est une chimère pour qui souhaite en user. Sans parler de l’institutionnalisation des rafles de sans- papiers dans les gares ou même à la sortie des lieux d’aide humanitaire. Ou encore de la politique coloniale menée à Mayotte (opération Wuambushu) et en Kanaky à coups de flingues. Tout nous pousse en fait vers des régimes de plus en plus ouvertement despotiques. Pas besoin de l’extrême-droite pour ça.
Cette logique d’accélération de la répression n’est pas spécifique à la France. Elle traverse tous les pays. De fait, elle répond à une nécessité du capitalisme. L’accélération de la répression est nécessaire pour intensifier l’exploitation et continuer d’extraire de la valeur. La forme « démocratie libérale » et les quelques garanties sociales lâchées au cours du 20e siècle ont permis d’intégrer, dans les pays les plus riches, la quasi-totalité de la population à la course à la croissance. Ça a permis surtout de pacifier une situation agitée. Mais c’en est fini.
Plus le droit du travail est démantelé, plus les droits au chômage sont attaqués, plus les cadences sont accélérées, plus les richesses se concentrent entre quelques mains, et plus la répression est nécessaire pour l’Etat et le Capital. Ajoutez à cela les menaces liées à la pollution et au réchauffement climatique… C’est dans la poursuite de cette logique que le fascisme peut être une option pour une partie des classes dirigeantes. Et une option aujourd’hui pleinement assumée si le besoin s’en ferait sentir. Mais la seule manière d’empêcher le fascisme, c’est de s’en prendre à ce qui le nourrit : l’exploitation, la hiérarchie et l’ordre tels qu’ils existent.
Le succès de l’antifascisme le plus plat est aussi lié à l’incapacité de porter une autre perspective. De fait, il n’existe aujourd’hui plus vraiment de mouvement antiautoritaire et autonome capable de porter une perspective révolutionnaire. En France par exemple, le vaste mouvement autonome qui s’était fait une certaine réputation à la fin des années 90 et dans les années 2000 s’est dissous quand une partie de ses participant-es a choisi de rentrer dans le rang et de composer avec la gauche.
En 2016, la lutte contre la loi Travail et les attaques multiples des locaux du Parti Socialiste alors au pouvoir enterrent la gauche de gouvernement. Mais c’est un peu comme si une frange importante des antiautoritaires, autonomes, révolutionnaires se retrouvait effrayée par cette situation, orpheline d’une solution politique. Le choix de négocier avec le pouvoir à la ZAD de Notre-Dame- des-Landes a officialisé le virage réformiste de tout un pan de ce mouvement. Aujourd’hui, la gauche s’est de nouveau imposée comme le débouché naturel des luttes. Merci les gauchistes !
La Grèce avait sur ce point était un précurseur. Alors que les anarchistes et révolté-es avaient conquis la rue dès 2008, la reprennent avec force en 2011, c’est le débouché politique de Syriza qui est massivement choisi plutôt que la perspective autonome et révolutionnaire. Le parti de gauche radicale arrive au pouvoir en 2015, se fait remettre à sa place par le FMI et l’Union Européenne, et applique ensuite avec zèle les politiques néolibérales. La presse ne s’y trompe pas, le positionnant désormais au centre-gauche. Un recentrement très rapide.
Il y en a eu bien d’autres des exemples de la gauche, même soi-disant radicale, au pouvoir : outre celui de Syriza, on se remémorera avec intérêt le bilan de Podemos en Espagne ou de l’Unité de gauche au Chili – et pourquoi pas de la flambée de gouvernements de gauche en Amérique Latine au début des années 2000 (Morales en Bolivie, Correa en Equateur, Lula au Brésil, etc.). Que le miroir aux illusions fonctionne encore reste une énigme…
Les gauchistes qui aujourd’hui passent leur temps à assimiler les dynamiques les plus dégueulasses du pouvoir à la seule extrême-droite participent directement à l’invisibilisation de la dynamique globale à l’œuvre. Ils et elles sont les idiots utiles de toutes les macronies du monde et des classes dirigeantes dans leur ensemble. Ce n’est pas seulement l’extrême-droite le problème. Elle n’est qu’une option possible des gens de pouvoir, qui instaurent patiemment depuis de nombreuses années une nouvelle situation sociale capable de leur garantir de s’empiffrer le plus longtemps possible, jusqu’à épuisement de la planète s’il le faut. « Après nous le déluge » est leur mantra, le cynisme leur code de conduite.
Chercher à renforcer les logiques électorales et citoyennes relève non seulement de l’erreur, mais même d’un déni de réalité. Cela revient à ne surtout pas regarder la réalité en face et à favoriser les logiques à long terme qui favorisent l’extrême-droite. Mais à une époque où la mémoire fout le camp, les élections législatives de 2024 en France ont révélé où en étaient les illusions gauchistes. Nombreux et nombreuses pseudo-radicaux et radicales se sont ainsi empressé-es de courir avec la coalition de gauche aux côtés du funeste François Hollande, ancien président, entre autres crapules faussement repentis.
Courir avec la coalition de gauche pour faire barrage à l’extrême- droite, une énième fois, le plus souvent dans des circonscriptions où pourtant le vote extrême-droite reste faible. Il n’y avait donc aucune urgence dans ces zones là et c’est bien une adhésion idéologique qui s’est jouée. Et tout cela, malgré le petit succès électoral, avec pour résultat la mise en place d’un gouvernement conservateur. Le piège de la politique s’est encore une fois révélé. Mais cela n’a rien d’une surprise : voilà 150 ans que les anarchistes ont rappelé le rôle du système électoral, à savoir maintenir le pouvoir. Ce n’est pas par les urnes que l’on met un point d’arrêt à l’exploitation capitaliste, à la domination étatique, aux ravages industriels et aux oppressions racistes.
Si une fraction de cette énergie à danser avec la gauche et ses vieilles sirènes, à aller coller des affiches, diffuser des tracts, multiplier les réunions, s’indigner sur les réseaux sociaux, faire un petit tour dans la rue, était mis à des tâches révolutionnaires, la peur pourrait un tant soit peu changer de camp. Mais le rendu de toute cette énergie débordante a bien sûr été pathétique. Il ne pouvait pas en être autrement pour toutes les raisons décrites avant. Le système en place, pour se perpétuer, n’a plus le choix que de refermer la parenthèse du rallongement de la longueur des chaînes. Il lui faut revenir pas à pas à ses origines les plus brutales, quitte à accompagner ainsi l’effondrement. Le pouvoir pourra, bien sûr, lâcher prise ici ou là, par petites bouffées, pour mieux s’assurer l’acceptation. Mais la tendance générale ne changera pas.
Il est d’autant plus important d’avoir ça en tête qu’il est fort probable que le durcissement des régimes partout va pousser des tas de citoyennistes et bureaucrates en herbe à une radicalisation de façade. Elle est déjà en cours par-ci par-là. Des modes d’action autrefois décriés pourront ainsi devenir légitimes, tant que la finalité reste l’aménagement du système en place et non de le foutre en l’air, la perspective de remanier le pouvoir et non de le détruire. Derrière les masques des émeutiers et émeutières peut parfois se cacher le piège de la politique.
La politique, c’est toujours l’art de gouverner. Une révolution ne peut que refuser ce jeu-là, à la manière dont le définissait quelqu’un comme Bakounine. Il a alors bien conscience que son activité révolutionnaire comporte une composante politique. Il critique d’ailleurs l’indifférence au jeu politique. Contrairement à ce que déclareront ses détracteurs à l’époque, il ne s’agit pas d’apolitisme, mais d’une position antipolitique.
Pour Bakounine, tout pouvoir contient une part maudite et pervertit même la personne la plus honorable. La question n’est pas de savoir si tel ou tel dirigeant est corrompu, manipulateur, violent. Le pouvoir en lui-même pervertit. Le fait de se retrouver en position de pouvoir transforme l’individu et le place en situation où il ne peut qu’exercer une domination sur les autres et abuser de sa position.
Ce n’est pas pour autant qu’il n’y aurait pas de décisions collectives à prendre, bien au contraire. Bakounine considère que c’est une nécessité. Ce qui est rejeté, c’est la séparation d’une instance décisionnelle du corps social, et son institutionnalisation qui finit par la consacrer théologiquement. Suffrage universel ou censitaire, là n’est pas la question pour Bakounine. L’élargissement du suffrage ne supprime en rien le mensonge qu’est la représentation. Le pouvoir corrompt, et se trouver en position de représentant ou représentante ne peut que couper des aspirations populaires. La personne qui est élue finit forcément par être corrompue et par manipuler.
Les assemblées centralisatrices favorisent quant à elles le passage des « palpitations vivantes de l’âme populaire » vers des abstractions. Ce n’est pas pour cela que Bakounine n’admet pas la représentation des sections au sein de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), via des mandats impératifs. Mais cette représentation n’intervient alors pas au sein d’un petit Etat en gestation, mais dans une confédération qui préfigure celle qu’il appelle de ses vœux, reposant sur l’autonomie des sections et avec pour principe d’aller de bas en haut, et non l’inverse.
Cette critique du pouvoir, il va jusqu’à la formuler à destination des organisations ouvrières risquant de se bureaucratiser. De son expérience au sein de l’A.I.T., entre 1868 et son éviction en 1872, il tire plusieurs leçons. Il note d’abord la tendance à la constitution d’une élite militante, qui se considère indispensable. Mécaniquement, elle s’habitue à décider à la place des autres, et les délégués se coupent de leur base. L’autonomie des sections et des individus doit justement venir empêcher cette dégénérescence, de même que les espaces de délibération à la base, sans oublier l’importance de l’individualité, y compris désobéissante. Et à côté, Bakounine passe son temps à développer des sociétés secrètes, peut- être de manière folklorique et rigide, mais surtout pour favoriser le libre rapprochement d’individus qui se font confiance dans le but d’agir collectivement, avec la discrétion que suppose la pratique révolutionnaire. Ce sont en quelque sorte des prémisses de groupes affinitaires.
La politique est toujours une sphère séparée, qui se traduit dans les faits par des gens se considérant comme plus compétents ou compétentes que les autres, devant prendre les décisions à leur place, y compris pour leur bien. Nous pouvons dire grossièrement que la politique est la sphère du pouvoir, tandis que le social correspond à la dynamique autonome des individu-es et des groupes.
On nous prétextera que l’assemblée, le comité de lutte ou le conseil ouvrier sont des institutions dans lesquelles se cristallisent le pouvoir, et sont quelque part séparés de la vie quotidienne. Certes. Si ce n’est que ce pouvoir peut bien plus facilement rester rigoureusement social, sans chefs ni représentants et sans entraver les initiatives individuelles, pris dans l’épaisseur de la réalité des tâches à mener. Davantage que d’y prendre des décisions, il importe d’y proposer des initiatives et des visions, ainsi que de répartir les tâches. Ce n’est finalement rien de plus qu’un outil, perfectible et critiquable, qui ne peut ni se substituer à un système de règles informelles reposant sur les discussions directes, ni venir étouffer les initiatives individuelles ou de cercles d’affinité. Les assemblées, nom pompeux qui signifie en fait prendre des décisions communes entre personnes qui se reconnaissent comme associées, font peut-être que le collectif tient ; les affinités et initiatives libres qui émanent des individu-es font qu’il vit.
Il faut donc encore que les assemblées et autres conseils rompent avec la fiction démocratique, où tout se lit en termes de droits et devoirs, et donc de juges et policiers. A coups de majorité ne se règlent ni les divergences, ni les contradictions.
Prendre des décisions collectives sans coercition ni sanction implique l’engagement de celles et ceux qui ont pris la décision pour la réaliser. Il n’y a d’autre sanction à une obligation que l’on s’est librement choisie que la perte de considération d’autrui. Cependant, dans un monde futur où la richesse résiderait dans la diversité et la profondeur des relations, la considération ne serait pas quelque chose pris à la légère.
En outre, tout n’a pas à se discuter et se décider dans ce genre d’instances, qui autrement se dégraderaient en bureaucratie diffuse, ou pis, en espace unanime niant les conflits intrinsèques à la vie sociale. C’est en cela que la position antipolitique n’est pas apolitique, puisqu’il s’agit bien d’une orientation consciente et déterminée : celle de circonscrire toute émergence de pouvoir sur les autres.
Tout ce qui vient occulter et réprimer l’épanouissement de la vie doit être détruit. La politique est un verrou à faire sauter, au même titre que la religion ou l’économie. Elle est toutefois largement valorisée, et nombre d’expressions contestataires reprennent irrémédiablement les habits de la politique, de la Commune de Paris aux bureaucrates anarchistes de l’Espagne de 36, en passant par les appels à la ‘’démocratie réelle’’ sur les places occupées ou à de meilleurs représentants lors des insurrections de la soi-disant Génération Z en 2025. Il n’y aura sans doute pas d’anarchie tant que ce verrou n’aura pas été forcé. Forcer ce verrou implique non seulement de se défaire des logiques politiciennes les plus explicites, comme l’électoralisme, mais aussi de sortir des ghettos militants empreints de cet art de gouverner, pour privilégier les rencontres avec des révolté-es imperméables aux sirènes de la politique. Et il en existe pas mal…
Voir aussi :
Élections : que crève la gauche aussi
Elections : Que crève la gauche aussi (2) : soutenir la gauche pour contrer le fascisme ?

Sur la question des syndicats, je pense qu’il n’y a pas de mal à négocier avec eux. Si on raisonne selon un principe purement horizontal, un syndicat ne représente finalement qu’une seule voix en tant que groupe au sein du mouvement. Cela permet de faire coexister une pluralité de mentalités, qu’elles soient individualistes ou collectives, avec une « voix » pour chacun, sans écraser personne.
Par contre, là où je tique, c’est sur le rejet en bloc. Pour moi, le fond de la gauche, c’est l’humanisme. Si je remplace le mot « gauche » par « humaniste » dans votre texte, il perd absolument tout son sens.
Si dans votre commentaire on remplace syndicat par organe de pacification au service du système, votre approche perd tout son sens.
L’humanisme n’est qu’une façade pour la gauche, une niche électorale
Ça doit encore être Mme Irma qui fait de sa politique divinatoire pour faire la retape des élu.e.s et de la gauche.
Tu parle toi même de « négociation » avec les syndicats. « Négocier » c’est pas « coopérer dans une atmosphère de respect où chacun.e a sa voix et seulement une voix ». Négocier c’est un rapport de force.
J’attend de te voire aller « négocier » avec les syndicats « selon un principe purement horizontal », tu seras le seul dans la pièce. Soit tu les suit, soit t’es un risque de débordement.
T’inquiète qu’ils te rappeleront que selon eux ils ne représentent pas qu’une voix.
Les syndicats comme toutes les bureacraties n’ont qu’un seul objectif: la préservation de leur place et l’accroissement de leur pouvoir. La base a peu de prises sur ses desideratas.
Bref si tu peux éviter ta promo saucedems comme à chacun de ces textes…
Comme si la voix d’un.e individu.e avait autant de poids que celle d’un syndicat dans une lutte.
Comme si on pouvait organiser l’horizontalité avec des orgas fonctionnant verticalement.
Comme si l’on ne connaissait pas déjà le résultat de ce discours hors sol pour les révolutionnaires
Une voix individuelle ne compte pas face aux structures de société civile.
Elle n’a de poids qu’en les intégrant
Ce commentaire ne respectait pas la charte.
Ce commentaire ne respectait pas la charte.
Ce commentaire ne respectait pas la charte.
On a caché des commentaires: ils ne sont pas fait pour discuter du « monde selon Mme Irma », mais du monde réel.