Guerre de Classe 17/2026 : Indonésie, Népal, Madagascar, Philippines, Equateur, Pérou, Maroc… ad infinitum
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Transformons la guerre et la paix capitaliste en révolution sociale mondiale !
« L’année 2026 commence en fanfare ! », écrivions-nous au tout début de cette année au moment de l’intervention militaire étatsunienne au Venezuela. Profitant de ce énième épisode belliciste, nous rappelions que depuis des années nous affirmons, ainsi que d’autres minorités communistes, que le monde s’est engagé dans un cours déterminé vers la guerre mondiale généralisée, considérée par tous les gangsters bourgeois qui nous exploitent comme la solution à la crise (économique, sociale, politique…) inhérente au mode de production et d’accumulation capitalistes. Et ce n’est pas la guerre en Ukraine qui nous démentira. Ni les massacres perpétrés dans la bande de Gaza. Ni même encore les récents événements au Venezuela… Et aujourd’hui, à peine deux mois plus tard, nous pouvons ajouter l’Iran à cette liste macabre !!!
Globalement, on assiste partout dans le monde à une militarisation de la société, tant des corps que des esprits, à un réarmement tous azimuts, à un développement de la propagande belliciste et à la désignation d’un « ennemi » (toujours le camp bourgeois d’en face) et donc aussi à une mise au pas du prolétariat et de ses velléités de défendre ses propres intérêts de classe exploitée (et donc révolutionnaire !), ses intérêts tant immédiats qu’historiques.
Et encore une fois, on assiste aux mêmes campagnes grossières d’embrigadement du prolétariat derrière des drapeaux qui ne sont pas les siens : nous sommes sommés de choisir entre la peste et le choléra, de choisir un camp bourgeois contre un autre, un « moindre mal » contre un « pire »… Soit le camp de « l’impérialisme », soit le camp de « l’anti-impérialisme », sachant que ce dernier n’est lui aussi qu’un impérialisme, celui du camp « adverse » ! Il fut une époque où « on » nous demandait de défendre « le peuple » vietnamien ou palestinien ou chilien contre « l’impérialisme yankee ». Et après qu’hier à peine, c’est-à-dire il y a deux mois, toutes les chapelles du gauchisme international nous intimaient l’ordre de défendre (peu ou prou) « la patrie et le socialisme » à la sauce bolivarienne… aujourd’hui on devrait « remettre le couvert » en prenant fait et cause contre « l’agression américano-israélienne » en Iran, considéré comme le pôle régional de « l’axe de la résistance » !!!
Face à cette situation d’antagonisme, nous ne pouvons qu’affirmer une fois de plus que le prolétariat n’a pas, n’a jamais eu et n’aura jamais de patrie à défendre, que le socialisme ou le communisme ou l’anarchie, bref la société sans classe, sans État, sans argent, sans propriété privée, sans exploitation… ne s’érigera pas en défendant une fraction bourgeoise dite progressiste (ou « anti-impérialiste ») contre une autre fraction bourgeoise dite conservatrice ou réactionnaire (ou impérialiste). Ni Trump ni Maduro ! Ni Poutine ni Zelenski ! Ni Netanyahou ni Khamenei ! Ni les USA ni le Venezuela ! Ni la Russie ni l’Ukraine ! Ni Israël ni l’Iran ni la Palestine ! Ni Tsahal ni Artesh ! Ni la gauche ni la droite !
Et quitte à en « choquer » plus d’un, nous ne craignons pas d’affirmer haut et fort également : Ni Daesh ni le Rojava ! Non pas que nous mettions un signe égal entre ces deux entités mais tant l’une que l’autre sont produits et agents reproducteurs du Capital. L’un par sa « dictature théocratique » constituée et auto-proclamée « État islamique » ; et l’autre par sa dictature toute aussi démocratique, qui ne touche en rien à la propriété privée, à la valeur, qui au-delà d’une mode prédominante et ostentatoirement assembléiste, n’en développe pas moins tous les aspects de l’État (le « proto-État » du Rojava, affirment certains !). Et celui-ci est évidemment prêt à se livrer à toutes les compromissions et alliances avec toutes les fractions bourgeoises possibles et imaginables, exception peut-être de Daesh !!!
Ni le prolétariat en lutte au Venezuela depuis des décennies (rappelons-nous le Caracazo en 1989 et ses 3.000 morts), ni le prolétariat en lutte en Iran (qui a mené au moins cinq soulèvements majeurs ces huit dernières années, avec peut-être 30.000 victimes pour le dernier en date en janvier 2026 !) n’ont besoin de l’intervention américaine pour se débarrasser de sa propre bourgeoisie, de ses propres exploiteurs : la « bolibourgeoisie » au Venezuela, le « régime des mollahs » en Iran. Et notre classe en lutte n’a pas non plus besoin d’une quelconque pseudo « solidarité internationale » consistant précisément à défendre une fraction locale de la bourgeoisie mondiale contre une autre. Notre seule réponse, c’est classe contre classe, solidarité internationaliste avec tous les secteurs du prolétariat en lutte contre leur propre bourgeoisie : solidarité internationaliste avec les prolétaires en lutte au Venezuela contre la bourgeoisie bolivarienne, solidarité internationaliste avec les prolétaires en lutte en Iran contre la bourgeoisie des mollahs, solidarité internationaliste avec les prolétaires en lutte en Palestine contre la bourgeoisie de l’AP et du Hamas, solidarité internationaliste avec les prolétaires en lutte au Rojava contre la bourgeoisie nationale-sociale-libérationniste…
Face au cours déterminé vers la guerre mondiale généralisée que nous préparent nos ennemis, tous nos ennemis, le prolétariat n’a qu’une seule réponse à affirmer en lettres de feu sur la scène de la préhistoire humaine : Défaitisme révolutionnaire contre tous les camps bourgeois ! Transformons la guerre et la paix capitaliste en révolution sociale mondiale !
Quelques semaines avant les événements sanglants en Iran, d’importants soulèvements de notre classe ont ébranlé le monde de la valeur et de la marchandise : c’était en septembre dernier en Indonésie, au Népal, à Madagascar, aux Philippines, en Équateur, au Pérou et au Maroc… Et si ces soulèvements ne peuvent pas être qualifiés stricto sensu de révolution sociale, nous tenons néanmoins à y revenir, bien que tardivement, dans les pages qui suivent, et à en marquer les forces et les faiblesses, en guise de leçons pour les soulèvements à venir…
Indonésie, Népal, Madagascar, Philippines, Equateur, Pérou, Maroc, ad infinitum…
On ne nous avait jamais autant bassiné avec toutes les sous-catégories nauséeuses de la sociologie frelatée, au service de l’ordre social dominant, l’ordre du capital et du business, afin de nous faire prendre des vessies pour des lanternes et de ne pas saisir la communauté d’intérêts qui nous lient aux sœurs et frères prolétaires en lutte partout dans le monde.
On nous a déjà tellement gavé d’appellations journalistiques, à chaque fois qu’une étincelle de la guerre sociale illumine notre morne vie ordinaire : « déclassés », « marginaux », « chômeurs », « précaires », « étudiants », « jeunes », « ouvriers », « paysans », « citadins », « banlieusards », « défavorisés », « pauvres »… ad nauseam, pour culminer dans « le peuple », telles sont les catégories qui sont collées de force sur les prolétaires en lutte afin de cacher, de dissimuler, d’occulter, de camoufler, de masquer… l’identité d’exploitation séculaire subie par notre classe, la classe des dépossédés des moyens de production, d’existence et de vie – le prolétariat. Et cela au-delà des spécificités, locales et historiques, qui peuvent, à défaut de nous différencier en termes de misère relative, tout du moins nous singulariser quant à la misère absolue vécue quotidiennement : c’est-à-dire notre capacité en termes de solvabilité à participer peu ou prou au monde merveilleux de la production, de l’achat et de la vente de marchandises putrides, bref à la reproduction élargie du cauchemar capitaliste.
Aujourd’hui, ou depuis peu, c’est toute l’étendue des luttes prolétariennes contre la dégradation permanente de nos conditions de (sur)vie misérable qui sont ignominieusement recouvertes du voile pudique, chic et clinquant, trompeur et artificiel, fallacieux et perfide, de la soi-disant génération Z – la « Gen Z » comme disent l’ensemble des media aux ordres. Comme s’il n’y avait que des jeunes de 20-25 ans qui pouvaient encore descendre dans les rues et tout renverser, comme si l’homo democraticus domestiqué depuis des siècles n’était pas un géant intemporel aux pieds d’argile, comme si le propre d’une classe exploitée, toutes générations confondues, n’était pas précisément d’être révolutionnaire, et de mettre en branle toutes les énergies à sa disposition, de développer toutes les forces d’auto-organisation et de subversion, de rendre toutes les audaces possibles… et qui plus est présentement boostée par la rage salvatrice de larges secteurs de la jeunesse prolétarienne rongée par le manque de perspectives et l’avenir bouché par la catastrophe capitaliste…
En quelques semaines, ce ne sont pas moins de sept soulèvements majeurs qui ont éclos à travers le monde : Indonésie, Népal, Madagascar, Philippines, Equateur, Pérou, Maroc – et si nous disons « majeurs », ce n’est bien sûr pas au regard de l’importance des tâches de bouleversement généralisé, du renversement du statu quo, de l’état présent des choses et donc de la praxis, que le prolétariat est historiquement déterminé à assumer. Si nous qualifions ces soulèvements de « majeurs », c’est plutôt au vu de la profondeur des attaques menées par notre classe, ainsi que la rupture circonstancielle d’avec la paix sociale qui règne hélas encore trop globalement partout…
Sans vouloir parler d’une bascule temporelle, et encore moins d’une « nouvelle période » (comme c’est de plus en plus tendance !), dans l’affrontement séculaire entre les deux classes aux intérêts immédiats et historiques non seulement foncièrement différents mais viscéralement antagoniques, force est néanmoins de constater et de mettre en avant que le tempo des soulèvements prolétariens à travers le monde de la valeur subit de sérieuses accélérations. Ce qui en soi n’est pas du tout une nouveauté : déjà l’importante vague de luttes qui avait déferlé sur l’enfer capitaliste en 2018-19 s’était répandue comme une trainée de poudre… Algérie, Chili, Equateur, France, Hong Kong, Irak, Iran, Liban, Soudan… Après le coup d’arrêt provoqué par la gestion contre-insurrectionnelle du Covid par tous les États-nations à travers le monde, la reprise des luttes n’a pas trop tardé, alimentée par les attaques frontales contre notre classe sous prétexte de crise énergétique due à la guerre en Ukraine, et qui se sont traduites par la flambée des prix, par des vagues de licenciements, etc.
Et maintenant que nous devons assister (encore trop impuissants que nous sommes provisoirement) à la montée de la militarisation dans la société, aux dépenses exorbitantes pour les armements, et globalement au développement accéléré du cours vers la guerre généralisée et mondiale, conçue par la classe des capitalistes et par les gestionnaires impersonnels de l’Ordre Mondial (tant l’« ancien » que le « nouveau » !) comme « la solution » à tous les problèmes de valorisation et de son inhérente baisse tendancielle du taux de profit, la vieille taupe semble vouloir resurgir, notre classe s’ébranle une fois de plus et relève la tête…
Car sous le soleil noir du capital (soleil de plomb, s’il en est, fait de plomb et de mitraille !), notre seule perspective, à nous autres prolétaires, c’est la lutte : la lutte non pas pour de quelconques réformes de cette société de guerre, de misère et de mort (ce qui constituerait une fois de plus notre perte !), mais pour son éradication totale et définitive…
Et cette fois encore, comme toujours dans l’histoire turbulente des luttes de classe, les toutes récentes matérialisations de celles-ci ont démarré suivant différents prétextes particuliers : une allocation logement que les parlementaires s’attribuent eux-mêmes (en Indonésie), l’interdiction de plusieurs réseaux sociaux et de manière générale la « corruption » endémique et le « népotisme » (au Népal), les coupures d’électricité et les pénuries d’eau (à Madagascar), la réforme des retraites (au Pérou), la défaillance du système de santé (au Maroc), etc.
Tous ces éléments conjoncturels ne sont que les étincelles qui mettent « le feu à la prairie », alors que le fondement même de tous ces soulèvements, c’est la détérioration permanente – et partout ! – de nos conditions de travail, d’existence… c’est la dictature sociale de la valeur, du profit, des rapports sociaux capitalistes. Toutes ces manifestations de colère, de violence et d’exaspération virulente de notre classe ne sont pas des épisodes nationaux isolés, mais des expressions, des matérialisations locales d’un même rejet global, d’un même refus persistant et en mouvement de l’état présent des choses. Et partout – que les militants professionnels s’autoproclamant « avant-garde » du prolétariat et prônant la « centralité » de l’Europe et de l’Amérique du nord dans la lutte des classes le veuillent ou non –, partout de l’Indonésie au Népal, de Madagascar aux Philippines, de l’Equateur et du Pérou au Maroc… ce sont de larges secteurs du prolétariat (urbain et rural) qui descendent dans les rues et qui, ici se livrent massivement et collectivement au pillage de temples dédiés au Dieu-marchandise et se réapproprient partiellement la richesse sociale produite par notre classe, là-bas détruisent et incendient les parlements bourgeois, les sièges des partis politiques et les riches demeures des politiciens et des capitalistes, ainsi que les repaires de rats de leurs milices armées…
Nous n’allons pas ici nous appesantir sur le déroulé précis de tous ces événements, bien qu’il s’agisse de la vie et de l’énergie de notre classe qui déchire le voile crasse de l’oppression, à défaut de s’attaquer frontalement aux sources mêmes de l’exploitation ; mais nous tenons néanmoins à en souligner quelques moments parmi les plus forts qui se sont gravés en lettres de feu dans notre conscience collective et notre mémoire historique. Et cela, à rebours – et nous le revendiquons ouvertement ! – de l’insipide logorrhée distillée dans leurs feuilles de choux par tous les euro-centristes qui s’extasient devant la énième « grève » dans un secteur particulier (chez les postiers par exemple, ou chez les enseignants…), du moment que cela se passe « ici » et pas « là-bas », dans « les pays centraux » et pas dans « les périphéries » du capital… L’humanité ne sera heureuse que le jour où le dernier capitaliste aura été pendu avec les tripes du dernier euro-centriste !
Nous tenons donc tout simplement à souligner l’incroyable et vitale violence exprimée par notre classe en lutte : au Népal, par exemple, les prolétaires n’ont eu aucune hésitation à incendier le parlement bourgeois ainsi que les bâtiments de la Cour suprême et bien d’autres palaces. La rage salvatrice de nos camarades de classe a débordé le cadre réformiste de la protestation à tel point que les autoproclamés « organisateurs » du mouvement doivent admettre « avoir été dépassés » !!! Cette rage s’est également matérialisée par un niveau élevé de terreur rouge lorsque des ennemis de classe, des politiciens, des bourgeois, ont été la cible de véritables scènes de lynchage et d’une « chasse à l’homme » très discriminée dans les rues, les campagnes… et même jusque dans les rivières !
Notons également, parmi d’autres, une expression de l’associationnisme prolétarien, tel qu’il s’est manifesté au Népal, par la voix du Safal Workers’ Street Committee qui déclare :
« Nous sommes un groupe de marxistes indépendants qui rejettent depuis longtemps tous les partis, car ils ne sont communistes que de nom.
Nous restons avant tout un comité de rue, formé pour organiser la défense de la classe ouvrière.
Nous sommes nés par nécessité, car les partis communistes ont abandonné la classe ouvrière au moment où elle avait le plus besoin de leadership.
Notre tâche consiste désormais à séparer la classe ouvrière des partis démocratiques de la classe moyenne. Pour empêcher la reproduction de la démocratie bourgeoise.
Nous continuons à nous organiser et appelons tous les communistes et alliés partageant les mêmes positions à former leurs propres comités et à nous rejoindre dans un front ouvrier. »
D’autre part, il convient de souligner (un phénomène qui semble ne pas avoir eu lieu dans d’autres pays que Madagascar), que d’importantes dissensions se sont ouvertement manifestées dans l’armée malgache lorsque des soldats se sont mutinés (comme ils l’avaient déjà fait lors des luttes de 2009) pour protester contre la répression des manifestations : « Refusons d’être payés pour tirer sur nos amis, nos frères et nos sœurs. […] N’obéissez plus aux ordres venant de vos supérieurs. Braquez vos armes sur ceux qui vous ordonnent de tirer sur vos frères d’armes car ce ne sont pas eux qui vont s’occuper de notre famille si jamais on meurt. »
Le refus de certains secteurs des forces de l’ordre de tirer sur leurs frères et sœurs de classe est toujours un moment crucial dans la confrontation entre le prolétariat et l’État. En effet, la cooptation de prolétaires dans les forces de répression est la pierre angulaire de la domination bourgeoise. Les luttes de classe en Bolivie en 2003 furent un exemple notable de cette contradiction, lorsque d’importants secteurs de la police sont passés « avec armes et bagages » du côté du prolétariat en lutte, prenant les casernes, vidant les arsenaux et s’affrontant à des unités d’élite comme derniers remparts d’un secteur central de l’État.
Malheureusement, à Madagascar comme souvent dans d’autres luttes, les limites et les faiblesses du mouvement ont neutralisé la force subversive de ce refus explicite des soldats de tirer et de participer à la répression, le transformant en soutien implicite à « l’alternance démocratique ».
Il semble hélas que la mutinerie ne soit pas parvenue à se développer ni à booster, avec toutes les conséquences que cela implique, la dynamique de ces premières manifestations de défaitisme révolutionnaire. Face à cette situation, c’est-à-dire la peur que l’ordre capitaliste a du vide, le jeu de l’« alternance démocratique » s’est imposé par son ultime efficacité à liquider le mouvement, efficacité bien supérieure à tout ce qui avait été tenté par l’État dans le cours de la lutte.
Nous ne pouvons que voir dans les fortes limites de l’associationnisme prolétarien une des faiblesses majeures qui sera fatale aux puissants épisodes de révolte radicale contre le système dans son ensemble, que ce soit à Madagascar ou au Népal, en Indonésie ou au Maroc, etc. Ces révoltes se sont manifestées au travers d’émeutes, de pillages et d’attaques très ciblées mais ne paraissent pas avoir connu un saut de qualité suffisant en termes de coordination, d’organisation, pour mener l’agitation auprès des secteurs les plus hésitants du prolétariat.
Durant ces quelques semaines de luttes intenses (et les braises semblent encore suffisamment chaudes que pour rallumer le brasier à la moindre occasion, ici ou ailleurs), la majeure partie du prolétariat n’a pas rompu avec les illusions démocratiques, légalistes, réformistes, qui attribuent l’origine de tous les maux à la politique d’un président en exercice, de politiciens « corrompus » (et ils le sont aussi, évidemment !), d’institutions parlementaires et autres, « déconnectées » de la réalité de notre survie quotidienne de prolétaires, etc. Bien que des secteurs du prolétariat en lutte, par leurs dénonciations et actions, ont mis en avant l’origine capitaliste de leurs souffrances sociales actuelles, la révolte n’est pas parvenue à exprimer clairement sa rupture avec la soumission démocratique et citoyenne, ni à s’étendre suffisamment dans le temps (malgré le crescendo impitoyable de l’embrasement !) et dans l’espace (malgré l’écho retentissant que chaque lutte « locale » produit sur la capacité de lutter de prolétaires dans des pays voisins, voire dans d’autres sphères géographiques), ce qui constitue évidemment encore et toujours un des grands problèmes des luttes prolétariennes dans le monde.
Il convient également d’aborder quelque peu la question des drapeaux, et notamment celui arboré durant ces luttes cataloguées comme étant celles de la « Gen Z ». Observons donc par exemple la propagation virale de certains gestes collectifs qui se sont développés en Indonésie pour très rapidement s’étendre au Népal, aux Philippines, à Madagascar, au Maroc, en Equateur et au Pérou… et qui s’est matérialisé entre autres par la répétition de la même gestuelle : soit hisser un « drapeau pirate » inspiré d’un manga japonais très apprécié dans « la culture populaire », et qui en fait a servi de réponse (certes simpliste mais néanmoins) créative à l’appel du président indonésien invitant les citoyens à brandir le drapeau national avant la fête de l’indépendance du pays.
Bien sûr, nous aurions tous préféré que les prolétaires, qui descendent dans les rues et qui saccagent les symboles de leur misère quotidienne, hissent plutôt le drapeau rouge et/ou noir de l’anarchie et/ou du communisme, le drapeau du parti de la subversion et du prolétariat révolutionnaire – bien qu’en Indonésie, le drapeau noir de l’anarchie ait été également brandi dans de nombreuses scènes d’affrontements ! Mais de même que la révolution sociale n’est pas une question de parti formel, de parti politique (au sens strict du terme), d’un parti autoproclamé « avant-garde du prolétariat », la révolution n’est pas non plus une question de drapeau formel. Notons néanmoins que dans le manga en question, le « drapeau pirate » est hissé à plusieurs reprises comme une déclaration de guerre contre « le Gouvernement Mondial ». En ce sens, le gouvernement indonésien n’a pas eu tort de le qualifier d’acte de désobéissance et de trahison envers la patrie, car c’est bien le cas : il s’agit d’une désertion active, d’un symbole qui représente peu ou prou la promesse d’une révolution, une révolution qui ne connaît ni États ni frontières…
Sur le terrain de la lutte des classes, la réalité matérielle est bien complexe : des prolétaires, jeunes ou très jeunes ou même moins jeunes, des hommes, des femmes, des « urbains » et même des « paysans » expriment une saine et vigoureuse haine incommensurable. Mais ils ne se dotent hélas pas encore d’une structuration organisative à la hauteur des enjeux de la lutte, d’une structuration capable de diriger l’ensemble du processus vers ses objectifs. Ce sont là les limites récurrentes dans l’histoire de toutes nos luttes : l’affaiblissement des forces organisées de notre classe conduit inévitablement à la récupération du potentiel révolutionnaire par des puissances extérieures et/ou intérieures qui l’exploitent à des fins capitalistes et impérialistes de renouvellement de leur dictature sociale.
Pour dépasser la spontanéité, les limites et les contradictions des révoltes actuelles et les transformer ainsi en forces dynamiques pour l’éradication des rapports sociaux capitalistes, il est nécessaire d’organiser et de renforcer l’associationnisme prolétarien, la constitution du prolétariat en classe et en parti historique de la révolution communiste mondiale :
«Lorsque nous parlons de parti, nous ne faisons bien sûr pas référence aux mafias et camarillas infâmes qui portent ce nom, mais au parti historique de la révolution qui ne peut être l’œuvre d’aucun groupe ou ensemble de groupes en particulier, mais uniquement de la classe prolétarienne elle-même constituée en organisme social autonome. Nous sommes loin de croire que les faiblesses actuelles de la classe pourront être artificiellement corrigées par une avant-garde révolutionnaire qui injecterait la conscience de l’extérieur. Au contraire, nous nous reconnaissons comme faisant partie du parti diffus de la subversion au sein de la société capitaliste, et notre réflexion comme une contribution, certes modeste, à la constitution de la classe prolétarienne en parti historique. »
« La théorie révolutionnaire, la perspective du parti historique de la révolution, a aujourd’hui une tâche titanesque : produire la synthèse révolutionnaire de notre époque avant que la dégradation des conditions terrestres n’impose – dans une mesure encore plus grande qu’aujourd’hui – des scénarios catastrophiques pour l’ensemble de l’espèce. La menace d’une course à l’armement entre les puissances centrales du capitalisme mondial, la débâcle écologique et les révoltes sur différents continents sont, jusqu’à présent, la tendance de notre avenir immédiat. »
[Extraits de La democracia es el orden del capital / La démocratie c’est l’ordre du capital / 2020]
A travers ce nouveau numéro de notre bulletin apériodique, dans les quelques textes qui suivent, nous essayons à notre niveau de matérialiser la constitution et le renforcement de notre communauté de lutte prolétarienne internationale et internationaliste. Nous rassemblons ici quatre textes qui analysent et/ou mettent en avant l’importance des luttes actuelles de notre classe. Ces textes proviennent de structurations militantes qui s’organisent sur trois continents !
Cette matérialité transcende également les séparations bourgeoises entre « pays centraux » du capitalisme et « pays périphériques »… En paraphrasant Marx, qui à la fin de sa vie a remis en question la conception dominante et européocentriste de la révolution, nous pourrions évoquer « la possibilité que la révolution commence d’abord dans des pays périphériques, moins industrialisés, aux forces productives capitalistes encore limitées, comportant des formes sociales “archaïques”, avant qu’elles n’atteignent le centre ». Et ce ne sont pas les multiples explosions de colère prolétarienne à travers le monde ces dernières années, ces dernières décennies, qui nous contrediront. Tout au contraire, celles-ci nous encouragent à saisir ce fait que notre classe s’organise et est porteuse des déterminations de l’humanité jusque dans les endroits « moins développés » – selon les critères infects de l’économie politique bourgeoise !
À identité d’exploitation, identité d’action !
Les Mauvais Jours Finiront !
- Quelques réflexions sur le rôle des soulèvements de notre époque
- Questions pour la grève nationale de 2025 en Équateur
- La Gen Z à l’assaut de Marineford !
- Indonésie, pour le programme maximal !
- Ni Tsahal ni ArteshNous soutenons nos troupes… lorsqu’elles butent leurs officiers !
SOURCE : https://www.autistici.org/tridnivalka/guerre-de-classe-17-2026-indonesie-nepal-madagascar-philippines-equateur-perou-maroc-ad-infinitum/
PDF : http://www.autistici.org/tridnivalka/wp-content/uploads/guerre_de_classe_17-2025-fr.pdf
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