Vous trouverez ci dessous le discours qui sera prononcé lors de la manifestation du 8 Mars organisée par FURI à Nantes, pour plus d’info, ça se passe ici.

En ce 8 mars 2026, Journée Internationale de lutte pour les droits des personnes sexisées et des minorités de genre, le collectif FURI (Féministes Unies pour une Riposte Intersectionnelle) prend la parole pour dénoncer l’exploitation patriarcale, coloniale et capitaliste qui exploite nos corps, notre travail et notre temps pour en enrichir d’autres et maintenir les inégalités. Nous refusons de nous soumettre à cette société et nous voulons reprendre le contrôle de nos corps, de nos choix, de notre liberté !

Nous dénonçons les attaques faites à notre droit à disposer de notre corps : l’accès à l’avortement est restreint, criminalisé ou rendu pratiquement inaccessible. Il subit des attaques politiques et idéologiques constantes. En France, la lettre de Macron sur la « fertilité » et le « réarmement démographique » s’inscrit dans cette logique : sous couvert d’inquiétude nationale, elle fait peser sur les personnes sexisées la responsabilité du déclin démographique et suggère que leurs corps devraient répondre à un impératif d’État. Nous refusons cette instrumentalisation. Nos choix reproductifs ne sont ni une variable économique ni un outil politique.

On demande aux femmes de travailler comme si elles n’avaient pas d’enfants et de s’occuper des enfants comme si elles n’avaient pas de travail. Quitte à nous rappeler que nos corps peuvent créer des enfants, il serait temps de créer une société accueillante pour les enfants et les mères : des accès aux moyens de garde, à des aides économiques, financières, pour l’éducation, le système de scolarité, un soutien à la parentalité. Et ce dans tout quartier, toute ville, tous pays et pour toute population.

A FURI nous défendons l’accès aux droits pour toustes : il est temps que l’Etat et notre société mettent fin à leur racisme, à leur sexisme, à leur validisme…

Nous nous levons contre le racisme systémique, le racisme ordinaire, le racisme intériorisé que doivent encore et toujours subir nos adelphes raciséEs.

L’extrême droite et la droite réactionnaire : Eric Zemmour, Le Pen, Jordan Bardella, et à Nantes : Chombart de Lauwe, Sarah El Haïry, Christelle Morançais, utilisent ces luttes pour l’égalité comme prétexte pour légitimer des politiques racistes et sécuritaires. Les personnes racisées sont contrôlées, exclues, humiliées, victimes de violences policières et de discriminations qui les empêchent de vivre libres et dignes. Plus récemment à Nantes le 10 février 2026, de véritables rafles ont été organisées afin de contrôler les personnes exilées et travailleur·euses sans papiers, 13 d’entre elles ont été arrêtées.

Nous nous indignons de la silenciation et de l’instrumentalisation médiatique que subissent les personnes portant le voile. Nous rappelons encore une fois, comme chaque année, que toute personne est libre de disposer de son corps, de pratiquer sa foi comme elle l’entend, dans le respect de toustes.

Elles doivent être entendues et respectées. Nous demandons à l’Etat de mettre fin à son islamophobie et son racisme. Des groupes fémonationalistes, comme Nemesis, instrumentalisent les droits des femmes pour légitimer des discours racistes et islamophobes. Sous couvert de féminisme, elles soutiennent des politiques réactionnaires qui fracturent la solidarité et attaquent l’égalité.

Contre cette offensive, nous affirmons un féminisme véritablement antiraciste, décolonial et inclusif, qui protège toutes les personnes sexisées et les minorités de genre, et combat toutes les formes d’oppression et de discrimination.

Nous affirmons le droit à pouvoir exprimer pleinement son identité de genre et son orientation sexuelle, et à vivre en accord avec soi-même.

Les personnes LTGBQIA+ subissent encore trop de violences et discriminations systémiques. Nous rappelons notre soutien à toute personne LGBTQIA+ qui subissent des violences, qui ne peuvent pas bénéficier des mêmes accès : en France par exemple ce sont 10 000 femmes ou couples qui attendent un don de sperme, alors que seulement 600 hommes ont fait un don au cours de la même année.

Nous apportons particulièrement notre soutien à nos adelphes trans qui sont les cibles d’offensives réactionnaires, de lois discriminatoires, de campagnes de stigmatisation et d’actes de haine.

Nous demandons la fin des violences institutionnelles faites à l’égard des personnes handi.

Elles sont infantilisées, enfermées dans des dispositifs qui décident pour elles et effacent leur voix. Les enfants handi voient leur droit à la scolarité restreint, certaines sont partiellement voire totalement déscolarisés, contraignant leurs familles à assumer seules leur éducation, souvent au prix de lourds sacrifices financiers et professionnels. Il est temps que l’Etat et notre société stoppe leur validisme.

Nous dénonçons également les violences faites aux enfants :

Les violences contre les enfants sont multiples, cette oppression a un nom : l’adultisme. Un système qui place les adultes au-dessus des enfants et des ados, nie leurs droits, leurs besoins et leurs voix, et produit des violations extrêmes voire une négation de leurs droits fondamentaux.

Les enfants en France ne sont pas protégés, et l’adulte qui les protège le plus souvent leur mère  non plus. En effet un enfant qui subit des violences physiques, psychologiques, sexuelles de la part de son père va les  révéler à l’adulte de confiance et de protection le plus souvent sa maman.  Le système traitera  quasi systématiquement l’enfant de menteur et sa mère d’aliénante, manipulatrice. C’est le drame de milliers de mères et d’enfants en France, appelées « mères protectrices » ou « mères en lutte » par le juge Edouard  Durand. Ces femmes se voient  souvent perdre la garde parfois même l’autorité parentale pour avoir cru et voulu protéger leurs enfants.

Elles se retrouvent alors broyées par la machine judiciaire patriarcale qui préfère privilégier les hommes plutôt que de croire les mères et de protéger les enfants.

En tant que collectif féministe, nous demandons la fin du colonialisme de l’Etat français.

Nous ne pouvons pas garder le silence face aux crimes de guerre, aux violences et aux oppressions perpétrées contre les peuples colonisés et occupés. Nous dénonçons le soutien de la France à l’État israélien dans le génocide en cours à Gaza, exigeons la fin de la colonisation et demandons la condamnation de l’Etat français pour son implication dans ces crimes.

Nous affirmons notre soutien aux communautés du Rojava et à leurs luttes pour l’autodétermination où des femmes et des personnes marginalisées ont porté un projet politique fondé sur l’égalité des genres, l’autonomie collective et la démocratie sociale.

Nous affirmons notre soutien au peuple soudanais, au peuple congolais, au peuple iranien et à l’ensemble des peuples opprimés.

Nous affirmons que toutes les vies se valent, et que nos solidarités doivent être globales.

Nous dénonçons les politiques publiques racistes qui frappent directement notre territoire comme la construction d’un CRA – Centre de Rétention Administrative – à Nantes.

De nombreux collectifs et associations dénoncent ces lieux qui privent de liberté les personnes vulnérabilisées au seul motif de leur statut administratif.

Nous exigeons l’abandon de ce projet à Nantes et la fermeture des CRA ici et partout ailleurs car tout comme les prisons, ça n’est pas une solution : ce sont des lieux de privation de liberté et de violences d’État qui servent une justice de races et de classes. Nous affirmons le droit fondamental de toutes les personnes à vivre libres : abolition des frontières et libre circulation pour toustes !

Nous dénonçons l’impunité et la silenciation des violences sexistes et sexuelles, dans un système où la justice et les institutions continuent de protéger les agresseurs, avec au bout de ce continuum des violences, des féminicides tous les deux jours.

Plusieurs grandes affaires récentes illustrent cette brutalité :

–          L’affaire Le Scouarnec, ancien chirurgien condamné pour des centaines de viols et d’agressions sexuelles sur des mineurEs a mis en lumière les défaillances systémiques : pendant des années, des signaux ont été ignorés, des alertes minimisées, des enfants victimes laissées sans protection.

–          L’affaire de l’école Bétharram a révélé des décennies de violences car la protection de la réputation de l’école a prévalu sur la sécurité des enfants.

–          L’affaire Epstein, médiatisée en janvier 2026, incarne l’impunité de ce système patriarcal où il a été possible d’agresser des centaines de jeunes personnes pendant des années sans que personne n’y mette un stop, malgré les nombreuses plaintes des victimes. La médiatisation de cette affaire incarne aussi l’absence de protection des victimes, qui ont vu leurs noms révélés dans des centaines de médias sans avoir été prévenues ni protégées. C’est ce système capitaliste dans lequel de nous vivons qui permet à ces hommes riches d’agir en toute impunité et de faire leurs lois.

Ces affaires ne sont pas des “cas isolés” : elles illustrent un système qui protège les institutions et les agresseurs, toute classe sociale confondue, avant de protéger les victimes, en particulier lorsque celles-ci sont des jeunes personnes.

Les droits humains ne sont pas négociables : qu’il s’agisse de la liberté, de l’accès à la santé, de l’égalité des chances ou du respect des personnes exilées..

Cependant, ces droits subissent aujourd’hui des attaques massives, constantes et régulières qui s’inscrivent dans une offensive globale contre l’égalité, l’autonomie et la liberté de disposer de soi, porté majoritairement par l’extrême droite. Leurs discours racistes, réactionnaires, et conservateurs sont banalisés et envahissent les médias traditionnels.

Nous dénonçons l’absence de financement ou les coupes budgétaires que subissent les associations de notre territoire, comme le Planning Familial 44 qui a vu son budget réduit de 100% . Ces coupes menacent directement leur mission et le droit de chacunE à disposer de son corps.

Face à ces attaques nous ne devons pas baisser les bras

Nous ne devons pas nous résigner

Nous devons nous battre

La grève féministe est bien plus qu’un symbole : c’est une arme puissante pour montrer notre force dans cette société. Les personnes sexisées effectuent un travail invisible et sous-évalué : le travail salarié, le travail domestique et le travail de soin au sein de la famille. Chaque jour, nous nous occupons des foyers, nous élevons les enfants, nous soignons les proches, tout en continuant à travailler, dans des emplois trop souvent précaires et mal rémunérés.

Pendant des siècles, notre travail a été considéré comme secondaire, naturel et gratuit. Pourtant, si nous nous arrêtons, le monde s’arrête : les entreprises ne pourraient pas fonctionner et les foyers seraient en détresse. La grève féministe met en lumière cette réalité : notre travail – payé ou non, reconnu ou non – est essentiel. C’est aussi un acte de solidarité : elle relie les salariéEs, les mères, les travailleurSEs domestiques et les personnes qui accomplissent un travail de soin invisible.

Nous dénonçons la précarité spécifique des femmes racisées et des mères isolées. Les femmes racisées subissent à la fois le sexisme et le racisme, ce qui les cantonne à des emplois précaires, mal payés et exposés aux discriminations. Les mères isolées, elles, jonglent entre travail salarié et charge parentale sans soutien, souvent avec des horaires impossibles et des salaires insuffisants pour subvenir aux besoins de leurs enfants. Le système patriarcal et capitaliste exploite cette double charge : elles travaillent deux fois plus et sont reconnues deux fois moins.

De même, les travailleureurSEs du sexe doivent voir leurs droits pleinement et entièrement reconnus, afin de pouvoir exercer sans violences, sans précarité, sans répression ni stigmatisation. Nous dénonçons l’hypocrisie de l’Etat qui, en restreignant massivement l’accès au 115 pour les personnes exilées, a créé de la prostitution de survie contre hébergement et participé à une augmentation des violences. Nous demandons une meilleure protection des victimes d’exploitation et de traite des êtres humains.

Nous dénonçons l’exploitation raciale, patriarcale et capitaliste qui profite de nos efforts et de nos corps sans jamais reconnaître notre valeur.

Nous voulons pouvoir décider librement d’avorter, de transitionner, d’adopter ou de porter le voile.

Nous exigeons des transitions médicales gratuites et accessibles pour toustes, y compris pour les jeunes personnes et les personnes exilées. Nous exigeons également le changement de la mention de sexe à l’état civil sur simple demande en mairie, sans condition médicale ni décision judiciaire. Nous voulons vivre sans violences, quel que soit notre genre, notre orientation sexuelle, notre âge, notre handicap, notre tenue vestimentaire ou notre religion. Nous demandons la création d’un ministère de l’enfance. Nous exigeons le partage des richesses, la fin de l’impunité policière et des financements réels pour l’éducation, la santé et l’accompagnement des victimes de violences sexistes et sexuelles.

Partout dans le monde, des personnes sexisées, des minorités de genre, des personnes racisées, des travailleurEuses du sexe et des militantEs se lèvent pour refuser l’injustice et reprendre le contrôle de leurs vies. Ces luttes prennent de multiples formes : manifestations, collages, groupes en non-mixité, grèves, occupations, actions collectives dans les entreprises, les écoles, les universités et les espaces publics.

Nous rappelons que tous les sujets évoqués lors de cette prise de parole ont lieu à l’échelle locale. Nantes abrite aussi des actes de violences sexistes, racistes, homophobes, adultistes, validistes et toute forme de violence. Parmi nos moyens d’actions locales, le vote est important, FURI n’est affilié à aucun parti ou liste électorale mais nous rappelons qu’il est important de voter et d’inclure dans votre choix de vote toutes les luttes que nous avons pu citer aujourd’hui.

Pour ce 8 mars, faisons entendre nos voix ! Montrons que nous sommes nombreuxSEs, que nous sommes fortEs et que nous exigeons un monde féministe, égalitaire et solidaire.

Nos corps ! Nos droits ! Ni fascisme ! Ni patriarcat !