À l’aube du vendredi 18 décembre, la police a procédé à l’évacuation du centre social Askatasuna à Turin, au terme d’une opération préparée de longue date et menée avec un important déploiement de forces. En soirée, des milliers de personnes ont manifesté contre l’expulsion, faisant face à une répression immédiate et violente — charges, gaz lacrymogènes et canons à eau. Cette opération s’inscrit pleinement dans le climat répressif promu par le gouvernement Meloni, visant la criminalisation des mouvements sociaux. Askatasuna paie aujourd’hui sa capacité à activer des luttes centrales, du No TAV au soutien au peuple palestinien.

Le vendredi 18 décembre à l’aube, la police a lancé l’opération d’évacuation du centre social Askatasuna à Turin. Les forces de l’ordre ont fait irruption dans le bâtiment, perquisitionnant les locaux et plaçant l’espace sous contrôle policier. Une opération préparée de longue date, menée avec un déploiement massif de moyens. En soirée, la tension est montée dans les rues de la ville : des milliers de personnes sont descendues manifester contre l’expulsion. La réponse de l’État a été immédiate et brutale : charges, gaz lacrymogènes, canons à eau. Une répression violente visant à disperser et intimider celles et ceux qui refusaient de se taire.

Ce qui s’est produit hier ne peut être compris isolément. L’évacuation s’inscrit dans un climat général de répression en Italie, porté par le gouvernement de Giorgia Meloni, qui fait de la criminalisation des mouvements sociaux et des espaces autonomes un axe central de son action politique. Une ligne sécuritaire assumée, facilitée aussi par les renoncements et les complicités d’une partie du centre-gauche institutionnel.

Le centre social n’était pas seulement un bâtiment occupé au cœur de Turin, mais une expérience politique, sociale et culturelle ayant traversé plus de deux décennies d’histoire militante. Né à la fin des années 1990, dans un contexte de transformation néolibérale des villes italiennes, il répondait à la nécessité de créer des espaces soustraits aux logiques du marché, à la spéculation immobilière et au contrôle institutionnel. Il a avant tout représenté un espace libre : un lieu où construire une socialité différente, loin de la marchandisation du temps libre et de la culture. Un espace de production culturelle non normalisée, militante, conflictuelle. Mais cette dimension culturelle a toujours été indissociable d’un engagement politique profond.

Les luttes qui s’y sont développées traversaient l’ensemble de la société italienne : mobilisations étudiantes et universitaires, lutte historique du mouvement No TAV contre les grands projets inutiles et destructeurs, combats pour le droit au logement, contre la gentrification, pour la justice environnementale. Ces dernières années, le centre social a aussi joué un rôle constant dans l’activation politique autour des luttes internationales, notamment le soutien au peuple palestinien. C’est précisément cette capacité à mobiliser, politiser et mettre en relation des milliers de personnes autour de luttes centrales qui est aujourd’hui visée et punie. Loin des caricatures médiatiques qui décrivent ces espaces comme des foyers de désordre ou de violence, l’expérience était profondément enracinée dans son quartier et dans la ville. Elle a toujours entretenu un dialogue avec les habitantes et les habitants, participant à des initiatives solidaires et à des moments de vie collective. Elle faisait partie intégrante du tissu vivant de Turin.

Ces derniers mois, une perspective semblait pourtant s’ouvrir avec l’hypothèse d’une reconnaissance comme « bien commun », qui aurait pu représenter une reconnaissance — même partielle — de la valeur sociale produite. Mais le maire de Turin, issu du Partito Democratico, a fait marche arrière, ouvrant la voie à l’intervention policière d’hier. Un choix politique clair, qui s’inscrit pleinement dans le climat répressif actuel. La criminalisation de cette expérience n’est pas un cas isolé. Elle fait partie d’une offensive plus large contre toute forme d’organisation autonome, de dissidence politique et de contestation sociale. Les espaces autogérés, les luttes écologistes, les mouvements pour le logement ou la solidarité internationale sont systématiquement présentés comme des menaces à l’ordre public afin de légitimer leur répression. S’ils ont peur de ces espaces, c’est parce qu’ils ont peur de ce qu’ils produisent : de la culture critique, de l’organisation collective, des pratiques de solidarité concrète. Ce sont des lieux capables de transformer l’indignation en action, et l’isolement en force commune.

Ce matin, ce qu’il reste autour du bâtiment, c’est un cordon de véhicules de police. Ils ont fait le désert. Ils protègent le vide qu’ils ont eux-mêmes créé. Une démonstration de force, une preuve musculaire par laquelle le pouvoir tente d’imposer le silence. Mais on n’évacue ni une histoire, ni ce qu’elle a semé. Peut-être n’avons-nous pas été assez capables de le défendre. Mais une chose est certaine : d’une manière ou d’une autre, nous le reprendrons.

Enfin, une réponse collective est déjà en construction : demain, samedi 20 décembre 2025 à 14h30, une manifestation est appelée à Turin contre l’évacuation et la répression. Un rendez-vous pour réaffirmer que cette histoire ne s’arrête pas avec une opération policière, et que les espaces de lutte, de solidarité et de liberté continuent à vivre dans les rues.

Nous serons toujours complices et solidaires.

Que viva Aska !

https://paris-luttes.info/askatasuna-ou-la-peur-du-pouvoir-20278