À tous ceux qui ont fait le 10 septembre : bravo. Vous donnez de l’espoir. J’ai vu ce que je n’osais plus espérer : une population qui refuse la division et qui s’organise d’elle-même, simplement pour le bien commun.

Vers 6h au Cardo, l’ambiance était merdique. Un noyau de syndicat FO jouait aux petits chefs, gardant les infos pour eux. J’ai vu rouge. Je suis allé les voir pour leur dire que ma colère avait besoin d’une cible, et que s’ils ne se cachaient pas, ils deviendraient la cible. Une camarade est intervenue et a lancé la dynamique du premier assaut, on tente de forcer l’accès au périph’, mais les CRS nous repoussent. Échec partiel. On a pivoté, plan B : convergence vers le rond-point porte de la Chapelle. Et de là, On a réussi à monter et à bloquer le périphérique.

Notre cortège a fusionné avec celui de Rosa Parks dans un instant d’euphorie, Nous avons pris la direction du centre-ville, La nasse des CRS nous a cernés près de l’arrêt de tram à Moutonnerie, nous noyant sous un nuage de gaz dans les ruelles du quartier. J’ai réussi à m’échapper avec un groupe de cinq personnes ; nous nous sommes réfugiés dans l’appartement d’une gentille dame qui nous a ouvert sa porte en nous voyant suffoquer jusqu’à notre dernier souffle à cause des gaz lacrymogène.

À 11h, nous avons rejoint le centre-ville. Épuisés, nous traînons les pieds devant une ligne de CRS au niveau du CHU quand ils ont commencé à nous bousculer pour nous disperser. Mon camarade a reçu un coup de bouclier et quatre coups de matraque, le laissant sonné. Alors que le CRS continuait de crier ses ordres, mon ami était immobile, en état de choc. Je suis intervenu pour l’exfiltrer et j’ai pris deux coups de matraque, ce qui lui a laissé le temps de reprendre ses esprits. Nous avons finalement réussi à nous extraire de cette situation douloureuse.

Et après les coups, il y a eu un mélange de douleur et d’euphorie. Le techno-foodtruck de la CGT a mis ‘La Tribu de Dana’ à fond, et sur les Quai de la Fosse, on a commencé à construire des barricades. Au son de ces guerriers partant au combat, on bâtissait nos propres petites forteresses. C’était magnifique

Et dans chaque regard échangé au milieu des gaz, dans chaque main tendue, j’ai vu la seule vérité qui compte : leur ordre est mortel, mais notre chaos est vivant.