Tisser des complicités, ouvrir des perspectives

Mis a jour : le jeudi 17 décembre 2020 à 11:03

Mot-clefs: Répression / précarité exclusion chômage coronavirus
Lieux: caen

Texte diffusé dans les rues de Caen lors de la dernière manif contre les lois sécuritaires.

« La France tient par ses policiers et ses gendarmes »,
Emmanuel Macron s’adressant à un bureaucrate d’un syndicat de police

Il apparaît de plus en plus clairement que les gouvernements ont décidé d’opter pour une direction autoritaire et répressive en réponse aux bouleversements environnementaux, économiques et sociaux à venir. Faillites, plans de licenciement, montée du chômage, accélération de la digitalisation de l’économie et de nos vies qui va accentuer ces effets… Derrière tout ça, il y a des vies brisées. Les plans de relance sont quant à eux financés par la dette auprès des banques centrales. Ce qui est à prévoir est une augmentation des prélèvements et des impôts pour les populations ordinaires.

Toutefois, ce n’est pas la victoire des forces du Marché. L’hypothèse la plus défendue chez les dirigeants et dirigeantes et leurs experts, c’est une hypertrophie de l’Etat, notamment de ses flics, juges et mâtons. Il est aussi question de développer des subsides pour maintenir une armée de réserve et limiter l’explosion de la misère. Evidemment, ces quelques miettes seront conditionnées au respect de l’autorité. Pôle emploi nous dictera quel emploi nous devrons occuper. C’est pourquoi les discours simplistes de gauche appelant à plus d’Etat face à la concurrence du Marché sont une balle dans le pied. Il n’y a pas les services publics d’un côté et la flicaille de l’autre. L’Etat est une entité cohérente, qui sait jouer sur les deux tableaux : « la main qui assassine est aussi celle qui soigne ».

Sans compter que l’hypertrophie de l’Etat s’accompagne de poussées nationalistes et de chasses aux personnes considérées comme des indésirables, au premier rang desquels les exilé-es. Le monde de demain s’annonce toujours plus répressif pour les pauvres, les rebelles, les étrangers et étrangères, les incarcéré-es, les marginaux et marginales et tous les inadaptés à un ordre social basé sur la hiérarchie et l’exploitation.
La loi Sécurité globale n’est qu’un exemple de ce virage encore plus autoritaire en France. La construction de nouvelles taules, comme celle à Ifs, et le durcissement des peines depuis des années font aussi partie de cette orientation prise par le pouvoir. C’est le cas également de la légalisation de l’extension du fichage policier, intégrant les opinions politiques, les convictions philosophiques et religieuses, les données de santé et psychologiques, les habitudes de vie, etc. Les opérations policières visant des révolté-es, comme récemment l’arrestation de 7 personnes présentées comme d’« ultragauche » pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle » en sont un autre exemple. Le fait que la mission Sécurité se voit offerte un budget de près de 15 milliards d’euros pour fournir aux policiers et gendarmes des drones, des hélicos, des véhicules blindés en dit long sur ce que les dirigeants et dirigeantes ont derrière la tête. Ils et elles se préparent à mâter les rébellions qui ne peuvent qu’exploser avec la dégradation des conditions de vie.

Cette gestion de la crise sanitaire fait aussi partie de ce panel de mesures autoritaires : confinement, couvre-feu, attestations de sortie, développement des moyens technologiques de surveillance, etc. La médecine a de toute façon toujours été enchâssée dans les intérêts politiques et économiques. Elle s’est sans arrêt placée au service du pouvoir. La vie sous contrainte sanitaire, comme ailleurs la vie sous contrainte radioactive, rend indispensable Etats et experts. Nous n’aurions plus qu’à remettre nos vies entre leurs mains et abandonner toute perspective d’autonomie. La liberté n’a pourtant rien à voir avec déléguer toujours plus d’activités et de décisions à des organisations qui finissent constamment par dicter leurs intérêts, mais avec le fait de prendre en mains individuellement et collectivement de plus en plus d’aspects de nos vies. Au passage, l’autonomie et la décentralisation sont des manières de vivre limitant la propagation des virus…

Face à cela, la perspective révolutionnaire est encore la réponse la plus lucide. Développer l’autonomie, s’auto-organiser entre égales et égaux, favoriser les liens d’entraide et assumer la conflictualité nécessaire contre le principe d’autorité, peu importe où il émerge. L’ordre existant n’a rien à nous offrir et beaucoup est purement et simplement à détruire.

Pour ouvrir cette perspective révolutionnaire, il nous faut bien sûr prendre la rue en assumant la conflictualité nécessaire, comme lors des manifs du 28 novembre et du 5 décembre. Nous avons aussi besoin de porter des perspectives dans des actions directes. Mener une autoréduction ou piller un magasin est une contestation immédiate et claire du monde de la marchandise. Saboter des antennes-relais coupe les télécommunications du pouvoir et conteste l’emprise de nos vies par la technologie. Incendier un transformateur électrique d’une zone industrielle arrête la production. Bloquer une route ralentit les flux de marchandises. Détruire une caméra de vidéosurveillance réduit le contrôle sur nos vies. Tous ces petits gestes, d’autant plus quand ils se généralisent, permettent de briser la normalité qui nous emmène dans le mur. En outre, ils viennent taper au porte-monnaie d’organisations qui fonctionnent par l’argent.

En 2010, les valves des camions citernes étaient pétées par de nombreuses mains saboteuses, de façon individuelle ou en groupe. Ça avait contribué à élever le niveau de conflictualité et à perturber l’approvisionnement du pétrole. C’était possible parce qu’il y avait des liens de complicité et des espaces de coordination où des analyses et des pratiques pouvaient se partager.

Pour préparer ces actions et diffuser des pratiques, des savoirs et des analyses, nous avons besoin de moments de rencontres et de coordination autonomes. Le but n’est pas de créer une quelconque organisation, même informelle, ou un front commun. Les unités de façade n’ont rien de bon et les logiques unitaires se transforment toujours en bureaucratie asséchant l’auto-organisation. Mais la confiance est un préalable pour nouer des complicités réelles dans la rue, au-delà des logiques de bande, tout en acceptant la multiplicité. Il faut donc se rencontrer. Un tel moment est aussi l’occasion d’échanger et d’élaborer des analyses à partir desquelles un autre horizon peut se dessiner. L’avenir est incertain, et c’est cette incertitude que nous devons approfondir, pour le remplir de nos désirs et de nos perspectives.

Liberté pour tous et toutes !

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