Covid19 et pensée libertaire

Mis a jour : le jeudi 10 décembre 2020 à 20:59

Mot-clefs: Santé
Lieux:

Il me semble que le consensus n'emerge pas parmi les libertaires sur l'attitude collective à adopter face au covid19 et ses conséquences.
Quelques pistes de réflexion, à défaut, sur quoi ne pas faire.

1. L'aspect sanitaire
Je ne suis pas médecin et espère ne pas écrire de contre-vérités scientifiques. Les ajouts, précisions, corrections… sont les bienvenu.es en commentaire !
Le covid peut toucher tout le monde, excepté.es celleux qui s'en protègent efficacement. Certains génomes pourraient (?) également préserver de la maladie.

Certaines populations ont plus à craindre d'attraper le virus: les personnes agées, à la santé plus fragile, qui sont plus exposées au virus (travail, logement,...), qui ont un accès moindre au système de soin,....
Ne pas (vouloir) voir le différentiel de risque selon les individu.es relève ainsi de discrimination agiste, validiste et sociale.

L'argument des libertés: la tentation est forte de vouloir continuer sa vie comme si de rien n'était. C'est spontanément la stratégie suivie par le pouvoir politique.

Protéger les plus fragiles est illusoire: les digues finissent par sauter.

Réduire la diffusion du virus jusqu'à zéro ou presque est la seule solution.

Oui, cela restreint nos libertés. Provisoirement et proportionnellement. Liberté de se rencontrer, de se cultiver, ...
Une "liberté de consommer" ne fait pas sens d'un point de vue libertaire. De meme, défendre le bon fonctionnement de l'économie (capitaliste) au détriment de notre santé est absurde ("nos vies valent plus que leurs profits")
La suppression par la loi de certains droits fondamentaux est une manoeuvre abjecte du gouvernement, par effet d'aubaine.

Le degré de liberté d'une societé n'est pas la somme des libertés individuelles - et parfois contradictoire - de ses membres.
La question n'est pas, à mon sens, de savoir à quelle contrainte s'astreindre au niveau individuel.
Mais bien de se demander, au niveau collectif, quels groupes et individu.es doivent restreindre leurs libertés (et lesquelles), et dans quelle mesure, afin qu'un maximum d'individu.es jouissent d'un maximum de libertés. Dont celle de vivre, et en bonne santé.
Toutes les libertés ne se valent pas.

Alors certes, il existera toujours des gens pour esquiver leur part d'action et profiter tout de meme des resultats obtenus par d'autres.
(À l'image de ceux qui profitent des avancées sociales sans prendre part aux mouvements sociaux)
Ce texte s'adresse aux autres.

2. Conséquences sanitaires directes et temporalité

L'avènement de ce type de pandémies est prévisible, évitable mais peut néanmoins subvenir.
Certains pays arrivent à "contenir" la diffusion du virus. Il s'agit de choix de politique sanitaire.
Le prix à payer à court terme est plus élevé en terme de restriction de libertés individuelles. L'avantage à long terme est néanmoins flagrant: tuer dans l'oeuf la propagation du virus permet un retour plus rapide à une vie "normale".
Le gain est à tous les niveaux: sanitaire, économique, social...

À défaut, l'engorgement du système de santé, inévitable, ne peut que découler sur un retard et une diminution de l'offre de soin pour les patients non covid. ("perte de chance")
Sans compter les effets négatifs indirects sur la santé - notamment psy - de la population.

Le fait qu'un gouvernement adepte du laisser-faire doive imposer par la contrainte des pratiques sanitaires basiques à sa population en dit long sur les tendances individualistes de la-dite population. Et ce jusque dans les franges libertaires.

3. Conséquences économiques, sociales et libertaire.
Santé et économie sont corrélées; il est vain de vouloir "sacrifier" l'une pour sauver l'autre. Plus le virus se propage, plus l'économie se dégrade.
L'hypothèse du complot ourdi par le lobby des marchands de masques ffp1 semble peu probable. Les dirigeants occidentaux ont été surpris - et mal informés - par l'émergence du virus.
Le manque d'expérience de ce type d'évènement nous conduit à apprendre collectivement la pandémie.
La pandémie a mis un coup d'arret au système capitaliste libéral post-industriel.
(En France, le projet de retraite par points est stoppé)
Dans un deuxième temps, faute d'émergence de modèle alternatif ("monde d'après"), cette forme de capitalisme a eu les coudées franches pour continuer à prospérer.
Ce système ne tient que "par défaut", faute d'en construire un autre.
Si l'hypothèse du complot est peu probable, il est possible que les capitalistes profitent de l'effet de sidération pour pousser l'avantage. (Si nous ne les arretons pas, ils ne s'arreteront pas tout seuls)
Cf analogie avec la stratégie du choc.

Conclusion:
Ainsi il semble urgent d'un point de vue libertaire de lutter avec nos armes et nos valeurs contre le covid19. Cette lutte s'ajoute aux autres luttes menées simultanément.
À défaut, le covid servira de prétexte à de nouvelles offensives anti-sociales et liberticides.

Quel pourrait être un système de santé libertaire dans une société sans Etat ni patron? Cette thématique est trop peu souvent abordée.
À défaut, éradiquer le covid sans vaccin, sans chimie, par des politiques et pratiques populaires, démocratiques, lowtech et autogestionnaires de prévention du virus sont possibles.

Commentaire(s)

> Profiter de l'aubaine

Si l'état se prend les pieds dans le tapis par sont impréparation face à la pandémie (sans grandes conséquences pour lui...), il n'en profite pas moins pour faire passer un panel ahurissant de lois liberticides et pour installer durablement l'état policier. Il en recueillera bientôt les fruits en nous imposant toutes les lois qu'il avait du mal à faire passer précédemment. La rue nous appartient de moins en moins et n'appartiendra bientôt plus qu'aux flics!
Nos peurs ont toujours été notre pire ennemi et c'est sur elles que tous les états s'appuient.
Le vrai terrorisme c'est l'état, qu'il soit démocratique, islamiste ou autre.
Quand des élus s'arrogent le droit de décider pour tout le monde ce qui est bon ou mauvais, c'est à quelque niveau que ce soit une dictature. Seule l'intensité de cette dictature varie.