Il le fait dans un style très macronien incurablement colonial : « C’est en entendant votre jeunesse que j’ai voulu engager cette réforme ». Il usurpait de fait la place du Président de la côte d’Ivoire, réduit au rôle de docile approbateur à son côté. Pourquoi cette soudaine initiative régalienne alors que le pouvoir français serine depuis des années à propos du CFA que les Africain.e.s ont toute latitude d’en faire ce qu’ils veulent. Seul Patrice Talon, Président du Bénin, avait malicieusement dégonflé l’effet de Macron en annonçant, il y a quelques semaines, qu’il retirait les réserves de change de son pays du Trésor français, ce dont il a été sévèrement blâmé.

 

Hors Le Monde, qui a parlé de « coup de grâce » donné au CFA, la presse française et les voix des principaux économistes africain.e.s, se sont montrées plutôt sceptiques sur l’ampleur du changement annoncé. Certes les traits les plus choquants ont été gommés : disparition de l’appellation symbolique et des obligations les plus humiliantes que sont le dépôt de réserves dans le Trésor français et la présence d’un administrateur français avec droit de veto dans le conseil de la BCEAO. Mais le plus gros boulet subsiste avec l’arrimage à l’euro, qui prive la nouvelle monnaie de toute autonomie.

 

Les talk-show des chaînes de TV françaises se sont répandus en graves considérations sur les conséquences de cette réforme, exprimant leur inquiétude : cette réforme n’allait-elle pas nuire au développement des malheureux pays africains ? Personne n’était là pour les rassurer en rappelant que le Nigeria, avec sa monnaie le naira, a l’économie la plus dynamique de l’Afrique de l’Ouest, ni que le Ghana, pays jumeau de la Côte d’Ivoire, devance en tous points la perle de la colonisation française. Selon les chiffres du FMI 2017, le PIB par habitant est de 4605 dollars au Ghana et de 3857 dollars en Côte d’Ivoire. L’indice de développement humain est encore plus significatif : le Ghana est à la 177ème place mondiale, la Côte d’Ivoire à la 208ème place. Le Ghana a sa propre monnaie, le cedi, qu’il manipule à son gré selon ses besoins.

 

Personne non plus n’a osé déclarer que ceux qui auraient le plus à pâtir d’une réelle disparition du CFA, et de l’éco son avatar, sont les deux catégories qui ont le plus nui au développement de l’Afrique francophone : les affairistes français de la finance mondialisée et les autocrates pillards de leurs propres pays. Certes on trouve partout des affairistes et des pillards mais nulle part ils n’ont trouvé terreau plus nourrissant que dans la zone CFA avec sa canalisation à fric branchée directement sur la sortie.

 

La réforme macronienne de l’UMOA (union monétaire ouest africaine), concernant sept pays francophones (Bénin, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo) plus la Guinée Bissau, a l’énorme avantage de préserver ce caractère essentiel.

Bien plus, Macron et son acolyte Ouattara, dévot fanatique de l’ex CFA, ont coupé l’herbe sous le pied du projet ambitieux d’un éco de la CEDEAO regroupant tous les pays de l’Afrique de l’Ouest, dont le Nigeria et le Ghana, qui ne peuvent admettre une monnaie qui ne soit pas largement indépendante. Ainsi le vrai changement est, sinon enterré, du moins renvoyé aux calendes grecques.