LBD: les cœurs arides et les armes de guerre

Mis a jour : le mercredi 20 mars 2019 à 13:17

Mot-clefs: Répression Resistances contrôle social antifascisme gilets_jaunes
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Les LBD, exportés de Suisse comme « armes de guerre », deviennent des « armes intermédiaires » en France. Ce tour de passe-passe sémantique facilite un usage massif et dangereux. Bien que les autorités internationales des droits de l’Homme pressent nos gouvernants d’ouvrir les yeux, ils commandent des LBD plus dangereux. Qu’en est-il de leurs coeurs arides ?

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Les LBD Brüger et Thomet, exportés de Suisse vers la France, classés comme « matériel de guerre », deviendraient des « armes intermédiaires », une fois la frontière franchie. Les rocs du Jura auraient-ils des propriétés surnaturelles ? Pourraient-ils provoquer cette transmutation sémantique ? Ou, faut-il penser : Vérité au-delà du Jura, erreur en deçà ?

Si en Helvétie, dans le canton de Vaud, les forces de police en font un usage parcimonieux, « en de très rares occasions », contre « un forcené », leurs responsables insistent : ils ne visent jamais la tête. Comme n’importe quelle « arme de guerre », le LBD est dangereux. Mais, en France, les blessés à la tête sont légions. Certes, les autorités refusent de publier un nombre fiable des blessés graves malgré les adresses de nombreuses personnalités et organisations internationales. Par contre, le ministère est disert sur le nombre de tirs : depuis le 17 novembre 2019, les forces de l’ordre ont tiré au LBD Brüger et Thomet contre des gilets jaunes mais aussi des lycéens, des mineurs de surcroît, plus de 13 000 fois ! Après tout, par la grâce de la frontière du Jura et de la nomenclature française, le Lanceur de balles n’est qu’une « arme intermédiaire ».


Le fabricant du LBD inquiet de la mauvaise réputation provoquée par les blessures à la tête en France, a exprimé son incompréhension devant leur nombre et attiré l’attention de la presse helvétique sur la précision du viseur électronique dont sont dotés ses LBD, une dizaine de centimètres à cinquante mètres et sur les munitions utilisées en France. Peu après, à Genève, les experts du Haut Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU, ont pointé du doigt « un usage disproportionné » des lanceurs de balle de défense contre les manifestants français. Enfin, le Conseil de l’Europe a demandé « un moratoire » immédiat sur leur usage en France, reprenant les recommandations de Jacques Toubon, un ancien garde des sceaux, sous la présidence de Jacques Chirac, et aujourd’hui Défenseur des Droits.

Parallèlement, le 6 février, une trentaine d’ophtalmologues français de renom alertèrent le président de la république, par une lettre privée, dans l’espoir d’être reçu et de faire saisir « les séquelles irréversibles » de blessés « atteintes de lésions oculaires ou faciales très graves ». Le lendemain, la ministre de la Santé, était interviewée sur Europe 1.  « Agnès Buzyn reconnaît avoir été interpellée quand au nombre de blessures à l’œil relevées en marge des journées de protestation. C’est un problème spécifique dont je souhaite discuter avec la Société Française d’Ophtalmologie », indique-t-elle »

Un mois plus tard, … croyons-le… elle répète être « prête à recevoir les ophtalmologues »… qui n’ont reçu aucune réponse de l’Élysée.

« Arme de guerre » ou pas ? That’s the question.

Comptons-bien, en trois semaines, pas moins d’une demi-douzaine d’interventions auprès des dirigeants français. Que comprendre de leur mutisme (si ce n’est la réponse, dans la meilleure des novlangues administratives, à laquelle le gouvernement est tenu envers les observations de la Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe) ?

Que comprendre de leurs quelques tours de passe-passe sémantique ? S’interrogeant sur « la vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », Pascal en vint à la contestation politique : « l’art de fronder, bouleverser les États est d’ébranler les coutumes en sondant jusque dans leur source pour marquer leur défaut d’autorité et de justice. » Les Gilets jaunes et les lycéen(ne)s auraient-ils cultivé l’art de fronder jusqu’à pointer « le défaut » d’une société inégalitaire ( et qui s’affiche impudemment de plus en plus comme telle) ?

Est-ce le risque que nos dirigeants espèrent conjurer ? En dissuadant de nouveaux frondeurs ? La commande de LBD plus dangereux, des multi-coups pour tirer en rafales, est engagée.

Nos dirigeants se murent dans l’indifférence, le cœur aride.

https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-salmon/blog/150319/lbd-les-coeurs-arides-et-les-armes-de-guerre

Commentaire(s)

> Plaidoyers pour la liberté de mutiler

Des fois, on trouve dans les médias ordinaires des analyses plus pertinentes que celles des anti-gilets jaunes "révolutionnaires" Vu dans Télérama :

Plaidoyers pour la liberté de mutiler (le retour en grâce du LBD)

De l’avis unanime des experts de la télé et du gouvernement, c’est à cause du moindre usage du LBD que les Champs-Elysées ont été défigurés. Heureusement, ça va changer...

« Il faut revoir les moyens des policiers », assure Christophe Rouget, représentant d’un syndicat d’officiers de police invité par C dans l’air à commenter les annonces d’Edouard Philippe après les violences de samedi sur les Champs-Elysées. « Là, on a eu une diminution des LBD, avec des balles Chamallow. » Bien moins mutilantes que les balles Dragibus. Caroline Roux suggère : « On va faire machine arrière, d’après ce que vous avez compris de ce qu’a annoncé le Premier ministre ? » « D’après ce que nous avons compris, oui », confirme le syndicaliste, qui s’inquiète toutefois : « Pour l’avenir, qu’est-ce qu’on utilise ? Des canons à eau ? D’autres dispositifs, d’autres véhicules blindés ? » Des chars d’assaut, des hélicoptères de combat ? Des LBD avec des balles Chupa Chups ?

Sur LCI, David Pujadas relaie une autre idée du gouvernement, « le recours accru aux drones et à la vidéo ». Des drones armés, j’espère, et pas avec des fraises Tagada. Une journaliste y ajoute « l’usage de peinture marquante, ce serait une nouveauté ». On n’arrête pas le progrès. Quelle couleur, la peinture ? « Une peinture qui pourrait être envoyée avec des LBD et qui reste plusieurs jours même après lavage. » Sympa. Désormais, les manifestants pourront arborer un œil au beurre bleu (ou jaune, ou vert…) à la place de leur organe amputé.

Sur France 5, Caroline Roux remarque : « Le gouvernement pensait avoir repris la main avec le grand débat. » Sur BFMTV, Olivier Truchot remarque : « Avec le grand débat, Emmanuel Macron avait quand même repris la main. » En effet, je l’ai souvent noté ici, cela faisait des mois que l’exécutif reprenait la main à tour de bras. Et patatras, « c’est un retour à la case départ », jugent les deux présentateurs, reprenant en chœur le titre de Libération.
« Ces images viennent pulvériser toute la stratégie d’Emmanuel Macron, se lamente Anna Cabana. Une stratégie bien opérée, il avait théâtralisé et mis en scène sa propre parole, il y avait des vraies prouesses de fond et de forme. » On avait retrouvé le Macron vénéré par Anna Cabana et Ruth Elkrief, comme cette dernière le confessait la semaine dernière à Christophe Castaner : « Emmanuel Macron est un président adulé et puis tout d’un coup, à partir d’une augmentation de la taxe sur les carburants, on se retrouve avec un pays presque à feu et à sang. » C’est aberrant.

Anna Cabana est si traumatisée par les images du Fouquet’s martyrisé qu’Olivier Truchot se dévoue pour compléter ses phrases (et sa pensée). « La violence pour la violence, qui éclate… » « Sur l’avenue la plus célèbre de France… » « … Qui éclate à la face… » « …Dont les images font le tour du monde… » « … A la face de la France, des Français et du monde entier… » « …C’est un peu la honte… » « Ça vient entacher l’image d'Emmanuel Macron. » Pauvre président, blessé dans son image.

« Il faut identifier la menace », préconise Alexandre Devecchio. Ça tombe bien, il l’a identifiée : « C’est l’ultragauche, les mêmes qui étaient dans la ZAD. Le gouvernement paye son manque d’autorité à ce moment-là, la République a reculé. » Si Notre-Dame-des-Landes avait été passée au napalm, les boutiques des Champs-Elysées n’auraient pas tant souffert. Alexandra Schwartzbrod, de Libération, fait état de la présence samedi de « Gilets jaunes radicalisés ». Sans convaincre Alexandre Devecchio : « La menace prioritaire, c’est les zadistes entraînés. » Avec leurs fameuses boules de pétanque hérissées de lames de rasoir.

Sur France 5, C à vous démarre avec l’image insoutenable d’un mannequin atrocement mutilé par des zadistes entraînés. Sous les yeux effrayés de Jean-Michel Aphatie, qui désigne les véritables responsables du fiasco de samedi : « La pression ignoble qu’ont fait peser tout un tas de gens, du Défenseur des droits à la commissaire de l’ONU sur les policiers, tous les relais qui ont dit que la police était répressive ont conduit la police à une espèce d’inhibition. » Si le store du Fouquet’s a cramé, c’est la faute à Michelle Bachelet et à Jacques Toubon. Il faudrait émettre un mandat d’arrêt international pour extrader la première et interpeller le second pour l’envoyer en comparution immédiate. Je suis sûr que, si on perquisitionnait sa voiture, on y trouverait un gilet jaune. Voire des boules de pétanque au fond du coffre. Et même un cric caché sous le tapis.
Pendant que France 5 s’en remet à son éditorialiste préféré, Ruth Elkrief compose sur BFMTV un plateau des plus équilibrés. Avec Driss Aït Youssef, « spécialiste des questions de sécurité », le policier Frédéric Lagache, du syndicat Alliance, Valérie Boyer, députée LR, et Sylvain Maillard, député LREM, seul invité de gauche (et en même temps de droite).

« Qu’est-ce qui s’est vraiment passé samedi ? », interroge Ruth Elkrief. Driss Aït Youssef dénonce « un relâchement et un renoncement. Les policiers et les gendarmes n’avaient plus de LBD et, pour ceux qui l’avaient, on a modifié les cartouches ». Pour le plus grand bénéfice du fabricant de Chamallows. « La polémique sur le LBD a fait qu’on ne l’a plus utilisé, renchérit Sylvain Maillard. Du coup, on a des policiers qui ont subi des assauts. » Et qui n’ont mutilé personne en retour, c’est ballot.
« Il y a eu une frilosité à utiliser le LBD à cause des polémiques ? », s’alarme Ruth Elkrief. « Bien sûr, répond Frédéric Lagache. On a diminué la puissance de la munition, qui avait une portée de 40 mètres et qui n’avait plus qu’une porté de 6 mètres. » Soit la différence de portée entre un Chamallow et un Michoko. « Maîtriser une foule avec une puissance aussi faible, c’est impossible. » Rien ne sert de tirer dans le tas, personne ne sera estropié, autant rafaler des caramels au beurre salé. Le malabar remet aussi en cause la doctrine d’emploi des LBD-Chamallow : « On devait tirer seulement sur ordre, alors que la doctrine d’emploi du LBD est la légitime défense. » Une légitime défense qui autorise à tirer 15 000 balles de LBD en quatre mois, c’est dire si elle est légitime.

« Le fait d’avoir retiré le LBD, désespère Driss Aït Youssef, c’est une défaite politique. » Une coupable capitulation face aux diktats droits-de-l’hommistes. « Le débat se poursuit, annonce Ruth Elkrief, c’est Brice Hortefeux qui va nous rejoindre. » Chouette, un autre son de cloche… Il faut à peine cinq minutes pour que le point LBD soit atteint. « La polémique sur les LBD a fait qu’on a donné des consignes sur leur utilisation qui n’étaient peut-être pas les bonnes », suggère l’intervieweuse. « Si on ne donne pas les armes non létales pour maintenir les manifestants à distance, ça ne peut pas fonctionner », valide l’ancien ministre de l’Intérieur.

Invité du 20 heures de France 2, Edouard Philippe parvient au point LBD au bout de deux minutes trente d’entretien. « Une forme de consigne a été passée pour que ne soient pas utilisés les LBD ou pour qu’ils soient utilisés dans des conditions qui ne sont pas celles que nous avions définies. » « C’est-à-dire ? » « On a constaté beaucoup moins de tirs. » Et un seul manifestant éborgné, c’est minable. « Sur le LBD précisément, insiste Anne-Sophie Lapix, des cartouches qui allaient moins loin… » « D’abord, beaucoup moins de tirs et, en effet, des cartouches différentes de celles utilisées lors des samedis précédents. » Qui avaient pourtant prouvé leur capacité à réduire les mâchoires en Chamallows.

Invité du 20 heures de France 2, Edouard Philippe parvient au point LBD au bout de deux minutes trente d’entretien. « Une forme de consigne a été passée pour que ne soient pas utilisés les LBD ou pour qu’ils soient utilisés dans des conditions qui ne sont pas celles que nous avions définies. » « C’est-à-dire ? » « On a constaté beaucoup moins de tirs. » Et un seul manifestant éborgné, c’est minable. « Sur le LBD précisément, insiste Anne-Sophie Lapix, des cartouches qui allaient moins loin… » « D’abord, beaucoup moins de tirs et, en effet, des cartouches différentes de celles utilisées lors des samedis précédents. » Qui avaient pourtant prouvé leur capacité à réduire les mâchoires en Chamallows.

https://www.telerama.fr/television/plaidoyers-pour-la-liberte-de-mutiler-%28le-retour-en-grace-du-lbd%29,n6179103.php

> De la même manière ...

Il faudrait arrêter de parler de ''flics'' ou de ''forces de l'ordre'' mais de forces armées.
Les violences policières (qui tuent énormément), sont formées à dégommer, pas à rétablir l'ordre.
C'est normal qu'on parte à la guerre pour tout pète, quand on sait qu'en face c'est des guerrier-es.
La meilleure défense c'est l'attaque, c'est pas les militaires qui vont nous contredire.
Et quand t'attaqus, t'imposes ta stratégie, on est meilleurs dans le désordre. Voilà, au plus il durcieront la répression, au plus la meilleure réponse sera le dawa.

> VIOLENCES POLICIÈRES

Comme d'habitude, les Gilets jaunes font face à une importante répression. De nombreux blessés que n'évoquent jamais les médias commencent à être visibilisés sur les réseaux sociaux. Tir de LBD sur un journaliste, grenades de désencerclement, matraquages, attaque au coup de poing. Quelques vidéos que les grands médias ne montrent pas.

https://www.revolutionpermanente.fr/Acte-18-Tirs-de-LBD-grenades-de-desencerclement-de-nombreux-blesses-a-Paris