Pittsburgh : l’antisémitisme “blanc” n’a pas disparu

Mis a jour : le jeudi 1 novembre 2018 à 11:54

Mot-clefs: Racisme Répression Resistances antifascisme
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Depuis des années, nous vivions dans une illusion : comme l’extrême droite était devenue islamophobe, comme, selon l’adage, “les ennemis de mes ennemis sont mes amis”, elle aurait cessé d’être antisémite. Pour s’occuper des Arabes comme il convient à leurs yeux, Netanyahou faisait très bien le job. Pour les Dewinter, Wilders et autres Le Pen (fille), mieux valait mettre son antisémitisme en sourdine.

Dans la douce torpeur de l’Europe démocratique, on pouvait imaginer que le vieil antisémitisme avait disparu. L’Occident avait rapatrié les Juifs dans la « civilisation judéo-chrétienne », une fiction qui n’a jamais existé. On se persuadait que le seul danger qui menaçait les Juifs, ceux de la diaspora comme ceux d’Israël, venait du terrorisme islamique et, plus largement, de “l’islam”. Quelques crimes odieux (Toulouse, Hyper Cacher, musée juif de Bruxelles) accréditaient cette thèse.

Ouvrons les yeux. En Europe de l’Est, et notamment en Pologne et en Hongrie, les nouveaux nationalismes identitaires ne font pas le détail. Leur xénophobie vise indistinctement les nouveaux migrants et les seules minorités qu’ils ont jamais connues sur leur sol : les Juifs et les Tziganes. Le pas de deux entamé par Netanyahou avec le hongrois Orban et le polonais Kaczynski montre que, quand il s’agit de défendre le “privilège blanc” en Europe ou le “privilège juif” en Israël/Palestine, certains sionistes peuvent très bien s’entendre avec des antisémites.

L’attentat de Pittsburgh confirme que la lutte contre l’antisémitisme est une bataille permanente. Rien n’est jamais gagné. Outre Atlantique, Trump a libéré la parole des bas-fonds. Demain ce sera le Brésil. En Europe, la gangrène a gagné la Grèce (Aube dorée) et l’Italie commence à être contaminée.

Pour mener cette bataille, les Juifs ne peuvent pas se prêter à la manœuvre de politiciens qui, tels Manuel Valls en France ou Bart De Wever en Belgique, veulent les opposer à d’autres minorités particulièrement discriminées. Ils doivent se distancier avec éclat des néoconservateurs au pouvoir à Jérusalem qui pactisent ouvertement avec des dirigeants européens à la mémoire courte, voire franchement racistes. C’est avec ces autres minorités qu’il s’agit de faire bloc.

Commentaire(s)

> Article en débat.

Le titre pose question : pourquoi préciser "blanc" (même entre guillemet) ?

> Il me semble que c’est très clair

C’est bien expliqué dans le texte : « Depuis des années, nous vivions dans une illusion : comme l’extrême droite était devenue islamophobe, comme, selon l’adage, “les ennemis de mes ennemis sont mes amis”, elle aurait cessé d’être antisémite. »

Ça veut dire que les antisémites ne sont pas seulement les islamistes, et plus généralement l’islam, mais les aussi les « Blancs » antisémites, amis de Trump et Netanyahou, les Kaczynski, Orban et les Evangélistes américains ou brésiliens.

On a un peu trop tendance à oublier les antisémites quand ils défendent les valeurs de l’extrême droite occidentale et sioniste.

De plus, ce texte provient du site de l’Union des Progressistes juifs de Belgique, une organisation qu’on aura du mal à trouver suspecte d’antisémite ou ambiguë dans l’utilisation du mot « blanc » :

https://upjb.be/actualite-pittsburgh-lantisemitisme-blanc-na-pas-disparu/

> voir aussi :

La nébuleuse de l’alt-right

Ces militants font partie d’une nébuleuse, connue depuis quelques années, sous l’expression d’« alt-right » (pour « alternative right », la « droite alternative », non gouvernementale). Ce racisme universitaire alimente les militants racistes en thèses promouvant l’inégalité raciale.

Il s’agit, pour eux, de promouvoir une identité blanche mise à mal par les revendications des minorités (ethniques, religieuses ou sexuelles). Pour ce faire et pour renouveler leur logiciel théorique, ces idéologues regardent du côté de l’Europe, commentant et traduisant les théoriciens de la race et de l’identité.

Nous sommes donc face à des milieux qui ont assimilé les différentes évolutions idéologiques des uns et des autres. Surtout, ces militants américains ont défini une nouvelle forme d’antisémitisme inspiré à la fois du national-socialisme et de la tradition raciste américaine : le postnazisme.

Face au « génocide de la race blanche »

C’est celui qu’on voit se manifester bruyamment et criminellement aujourd’hui. Celui-ci peut être défini comme un discours au contenu antisémite, raciste promouvant la race blanche, mais qui ne cherche pas à minimiser ou à nier le génocide des Juifs européens.

Au contraire, ses tenants l’assument et souhaitent « passer à autre chose » selon le mot terrible de Greg Johnson, l’un de leurs théoriciens actuels importants, au motif que la race « blanche » subirait aujourd’hui son propre génocide par la promotion de l’homosexualité, le métissage, la substitution ethnique et l’« immigration-colonisation » (propos écrits dans Le Nationalisme blanc. Interrogations et définitions). Surtout, ils considèrent que ce sont les juifs, rescapés du génocide européen, qui se vengeraient de l’échec de leur extermination…

http://www.ujfp.org/spip.php?article6762

> question

Y a-t-il une seule raison pour ne pas valider cet article maintenant que les explications sont données ?