Syrie: «Solidarité avec la lutte des Syriennes et des Syriens pour la dignité et la liberté»

Mot-clefs: Resistances
Lieux:

http://alencontre.org/moyenorient/syrie/syrie-solidarit....html
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Cette déclaration a été lancée, entre autres, par Yasser Munif à l’occasion du Forum social mondial qui s’est tenu à Tunis . Son but: offrir une alternative aux alliances que certains groupes tissent avec des Etats et des gouvernements dans le cadre de la révolution en cours en Syrie; et cela pour promouvoir des coalitions avec des mouvements sociaux et des intellectuels qui soutiennent cette révolution.
(avec la liste des premiers signataires en bas de page)

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Nous, soussignés, sommes solidaires avec les millions de Syriens et Syriennes qui luttent pour la dignité et la liberté depuis mars 2011. Nous appelons les peuples du monde à faire pression sur le régime syrien pour mettre fin à son oppression et à sa guerre contre le peuple syrien. Nous exigeons que Bachar el-Assad abandonne le pouvoir, immédiatement et sans excuse, afin que la Syrie puisse initier un prompt redressement dans la perspective d’un avenir démocratique.
Depuis mars 2011, le régime d’Assad a régulièrement augmenté sa violence contre le peuple syrien, en lançant des missiles Scud, en utilisant des armes interdites par la Convention de Genève telles que les bombes à sous-munitions et des incendiaires, et en utilisant les bombardements aériens. Le régime a arrêté et torturé des dizaines de milliers de personnes et commis des massacres indicibles. Il a rejeté les règlements politiques du conflit qui ne comprenaient pas le maintien d’Assad au pouvoir, et il a polarisé la société par des actes stratégiques de violence et en semant des graines de division. Le régime a aussi, depuis les premiers jours de l’insurrection, cherché à internationaliser la crise afin de la placer dans des batailles géopolitiques qui ne feraient que le renforcer. Fidèle à la logique d’un régime autoritaire, Assad ne pourra jamais accepter les demandes légitimes du peuple syrien pour la liberté et la dignité. Dès lors, il n’y a pas d’espoir pour une Syrie libre, unifiée et indépendante tant que son régime se maintient au pouvoir.
Il s’agit d’une révolte qui a été déclenchée par les enfants de Deraa [la bourgade où la révolte a commencé], les sit-in et les manifestations de la jeunesse dans les villes, par les paysans des zones rurales, et les déshérités et marginalisés de la Syrie. Ce sont eux qui se sont mobilisés de manière non violente par des protestations et des chants, avant qu’intervienne la répression brutale du régime. Depuis lors, le régime a poussé à la militarisation du mouvement non-violent en Syrie. En conséquence, les jeunes hommes ont pris les armes, tout d’abord pour l’autodéfense. Mais, par la suite, ce processus a donné lieu à des tentatives de la part de quelques groupes qui luttent contre le régime de créer un climat de bipolarisation  et de négation de l’Autre en termes politiques, sociaux et culturels. Ces actes sont en tant que tels des actions contre la révolution pour la liberté et la dignité.
Néanmoins, la révolution pour la liberté et la dignité continue fermement. C’est la raison pour laquelle nous, soussignés,  lançons un appel à la société civile mondiale et non aux gouvernements inefficaces et manipulateurs pour qu’elle défende les conquêtes des révolutionnaires syriens et pour défendre notre point de vue: la libération du joug de l’autoritarisme et l’appui à la révolution syrienne comme parties intégrales des luttes pour la liberté et la dignité dans la région et dans le monde.
La lutte en Syrie est une extension de la lutte pour la liberté aussi bien au niveau régional qu’à l’échelle mondiale. Elle ne peut être séparée des luttes de la population de Bahreïn, d’Egypte, de Tunisie, de Libye, du Yémen et d’autres peuples qui se sont rebellés contre l’oppression et l’autoritarisme; au même titre que des luttes contre ceux qui cherchent à usurper ou à détruire les soulèvements et à les dévier de leur propre programme. Ce combat se lie à celui des Palestiniens pour la liberté, la dignité et l’égalité. La révolution en Syrie est une partie fondamentale des révolutions du nord de l’Afrique; mais elle est aussi une extension de la révolte zapatiste au Mexique, du Mouvement des sans-terre au Brésil, des mobilisations en Europe et en Amérique du Nord contre l’exploitation néolibérale. Elle fait aussi écho aux mouvements pour la liberté en Iran, en Russie et en Chine.
La révolution syrienne s’affronte à un monde sens dessus dessous où les Etats qui étaient prétendument amis des peuples arabes, comme la Russie, la Chine et l’Iran, ont maintenu leur appui au régime syrien malgré les massacres perpétrés contre la population, cela alors que des Etats qui jamais n’ont réellement appuyé la démocratie et l’indépendance, spécialement les Etats-Unis et leurs alliés du Golfe, sont intervenus pour appuyer les révolutionnaires. Ils l’ont fait de manière claire et cynique dans leur propre intérêt. De fait, leur intervention a visé à faire plier et à subvertir le soulèvement tout en diffusant des illusions et des mensonges trompeurs.
Prenant en considération que les puissances régionales et mondiales ont laissé seul le peuple syrien, nous vous demandons d’assurer de votre appui les Syriens et Syriennes qui continuent à lutter pour la justice, la dignité et la liberté et qui ont résisté aux résonances assourdissantes de la bataille, au même titre où ils rejettent les illusions  propagées par les ennemis de la liberté.

Comme intellectuels, académiciens, militants, artistes, citoyens engagés et en tant que mouvements sociaux nous nous solidarisons avec le peuple syrien afin de souligner la dimension révolutionnaire de sa lutte et pour éviter les batailles géopolitiques et les guerres de pouvoir qui se développent dans son pays. Nous vous demandons de donner votre appui à tous les Syriens qui réclament une transition pacifique vers un pouvoir, une transition où tous les Syriens et Syriennes puissent avoir la parole et décider de leur propre destin. De même, nous rejetons toute tentative d’un quelconque groupe de monopoliser le pouvoir et d’imposer son propre programme, ou encore de dicter des identités uniformisées ou homogènes au peuple de la Syrie.  Nous vous demandons d’appuyer les personnes et les organisations de base qui défendent toujours les idéaux d’une société syrienne libre et démocratique. (Traduction A l’Encontre)
 
Frederic Jameson (Duke University, United States)
Tariq Ali (British Pakistani writer, journalist, and filmmaker, United Kingdom/ Pakistan)
Ilan Pappe (University of Exeter, United Kingdom)
Etienne Balibar (Columbia University, United States/ France)
 Nigel Gibson (Emerson college, United States/ Britain)
 Norman Finkelstein (American researcher and writer, United Sates)
 John Holloway (Benemérita Universidad Autónoma de Puebla, United States/ Mexico)
Vijay Prashad (Trinity College, United States/ India)
Salameh Kaileh (Intellectual, Syria/Palestine)
Bill Ayers (University of Illinois at Chicago, United States)
Bernardine Dohrn (Northwestern University, United States)
Rashid Khalidi (Columbia University, United States/Palestine)
Lieven de Cuater (Philosopher, Belgium)
Jihane Sfeir (l’Université Libre de Bruxelles, Lebanon/ Belgium)
Jean-Pierre Filiu (Institut d’études politiques de Paris, France)
Farouk Mardam Bey (Intellectual, Syria)
Faraj Bayrakdar (Poet, Syria)
Ziad Majed (American University of Paris, Lebanon/ France)
Kamal Bandara (Intellectual, Tunisia)
Francois Burgat (CNRS, France)
Adam Shapiro (Activist, United States)
Razan Ghazzawi (Activist, Syria)
Yassin el-Haj Saleh (Intellectual, Syria)
Thierry Boissière (Institut français du Proche-Orient, France)
Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire, France)
Jens Hanssen (University of Tornoto, Canada/ Germany)
Ghassan Hage  (The University of Melbourne, Australia/ Lebanon)
Hani al-Sayed (American University of Cairo, Syria/ Egypt)
Hazem al-Azmeh (Intellectual, Syria)
Sadri Khiari (Intellectual, Tunisia)
Oussama Mohamad (Film maker, Syria/ France)
Jihad Yazigi (Journalist, Syria)
Saad Hajo (Cartoonist, Syria)
Wendy Brown (UC Berkeley, United States)
R. Radhakrishnan (UC Irvine, United States/ India)
Ann Ferguson (Philosopher, United States)
Samir Aita (Le Monde Diplomatique editions arabes, Cercle des Economistes Arabes)
Santiago de Rico Alba (Philosopher, Spain)
Gilbert Achcar (SOAS, London University)
Asef Bayat (University of Illinois, USA)
Chela Sandoval (University of California, Santa Barbara)

Commentaire(s)

> Crimes de guerre des deux côtés

Voir le rapport d'Amnesty International:

Syrie : les deux parties se livrent à des crimes de guerre

http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Violences/Armes-et-c...-8129

> Oui mais non

Crimes de guerre de part et d'autre. Yes sir ! Sauf que l'appel qui ouvre ce fil prend justement bien de se ranger avec les populations civiles contre tous les chefs de guerre qui prétendent la représenter en les massacrant.

Donc bravo pour la diversion (le trollage if you préfère). En même temps comme l'appel ne défend pas votre vision policière de l'histoire (complotiste comme on dit maintenant) on comprend que ça te (vous) mettent dans tous vos états.

> commentaires cachés

J'ai caché des commentaires, Indymedia n'est ni la pour le trollage ni pour balancer des info perso.

> Mais si

Oui, m’sieur, il y a beaucoup de chefs de guerre en Syrie, et c’est loin d’être un épiphénomène. Ce qui est gênant, c’est qu’ils sont juste mentionnés en passant, comme si la situation était restée à peu de chose près comme au début de la révolte contre le régime, ce qui est loin d’être le cas. Ce n’est certainement pas du trollage de le faire remarquer, mais une analyse lucide de la situation actuelle. Peut-être Alain Gresch est-il considéré comme un troll par certains ?

« En août 2012, j’avais mis l’accent sur l’impasse en Syrie et sur les conséquences dramatiques de la prolongation du conflit (« Que faire en Syrie ? »). Le récent rapport de la commission des droits de l’homme des Nations unies apporte un éclairage inquiétant et devrait nous amener tous à privilégier une sortie de crise politique, ce qui signifie cessez-le-feu et négociations.

La question n’est plus de savoir si le régime tiendra ou non, mais si la Syrie restera une entité unie ou deviendra un champ de bataille confessionnel et ethnique. L’envoyé spécial des Nations unies a mis en garde le 20 décembre contre des génocides qui frapperaient les minorités, notamment alaouite (« U.N. anti-genocide envoy : Syria minorities face reprisal risk »). (Lire, dans le numéro de janvier 2013 du Monde diplomatique, l’article de Sabrina Mervin, « L’étrange destin des alaouites syriens ».)

Ce que dit le rapport de la commission des droits de l’homme des Nations unies confirme ce pessimisme :

« La montée des tensions a conduit à des affrontements armés entre les différents groupes armés le long d’une ligne confessionnelle. De tels incidents ont eu lieu dans des communautés mixtes ou lorsque des groupes armés ont tenté de s’emparer de zones habitées majoritairement par les communautés minoritaires pro-gouvernementales. Certaines communautés minoritaires, notamment les alaouites et les chrétiens, ont formé des groupes d’autodéfense pour protéger leurs quartiers des forces anti-gouvernementales en établissant des points de contrôle autour de ces zones. Certains de ces groupes locaux, connus sous le nom de comités populaires, auraient participé aux côtés des forces gouvernementales à des opérations militaires dans les environs de Damas, dans les quartiers de Tadamon et Sayeda Zeinab. » (...)

http://blog.mondediplo.net/2012-12-24-Syrie-est-il-deja...-tard

Continuer à parler de lutte pour « la révolution, la liberté et la dignité » comme si c’étaient les révolutionnaires qui avaient la situation en main, c’est entretenir des mensonges dans un but partisan.

A qui veut-on faire croire que la France, la Grande-Bretagne, les USA, les dictatures du Golfe, l’Arabie Saoudite, les islamistes radicaux pourraient envisager de soutenir des révolutionnaires ou même se préoccuper des peuples opprimés ? Ce sont eux qui ont les cartes en main, et le renversement du régime syrien répond à leurs ambitions dans la région. Ne pas placer cela au centre des analyses du conflit, c’est recommencer les mêmes erreurs qui ont été faites en Irak, en Yougoslavie, en Afghanistan, en Libye, en Côte-d’Ivoire, au Mali…

> Une situation d'éclatement général

C'est hélas ! on ne peut plus vrai : la Syrie comme État est en train d'exploser. Du reste, on est en train de revenir en arrière dans toute la région sur le découpage frontalier de 1919, qui a été fait en fonction des intérêts des puissances qui avaient gagné la Première Guerre, et pas du tout en fonction des réalités tribales et ethniques de la région : on voit se former le Kurdistan dont les Français n'avaient pas voulu à l'époque, par regroupement des Kurdes dans le nord de l'Irak ; on voit les minorités chiites et sunnites se regrouper dans plusieurs régions, comme le Hezbollah l'a fait depuis un moment au sud-Liban ; et certaines minorités sont en passe de disparaître, comme les Chrétiens.

Ce à quoi nous assistons en Syrie n'est pas qu'un problème syrien, c'est à la désagrégation de l'ensemble des États de la région que nous assistons. Après l'Irak et la Syrie, la Jordanie est un client de choix, mais à plus long terme tous les États faibles de la région - Liban, Egypte, États caucasiens, et probablement à un moment ou l'autre l'Iran - vont se désagréger, se « balkaniser » pour utiliser un terme géopolitique. Et ce n'est pas uniquement l'influence des grandes puissances qui en est le moteur, parce que fondamentalement aucune n'a intérêt à ce que ce processus se poursuive, elles font même tout ce qu'elles peuvent pour éviter l'éclatement des États de la région ; c'est la crise économique terrible qui frappe ces États qui pousse chaque fraction bourgeoise présente en leur sein à jouer sa propre carte, contre l'État central s'il le faut.

Ce n'est pas un hasard si la crise en Syrie a commencé par des manifestations contre la dégradation économique du pays. Ce n'est pas un hasard si l'état social et économique de ces pays est désastreux. Même dans des pays plus « riches » comme la Turquie ou Israël - alors même que la pauvreté y progresse à grands pas -, ces tendances à vouloir jouer son coup tout seul dans son coin existent, même si elles sont contenues. Pour l'instant.

Le commentaire précédent dit des choses justes, mais il oublie délibérément que du côté syrien aussi il y a des soutiens : sans celui de la Russie, de l'Iran et de la Chine, le sort de Bachar serait réglé depuis longtemps. Il n'y a pas que les grandes puissances européennes et américaines qui alimentent la guerre ! En tout cas, la situation actuelle conforte plus que jamais l'analyse de l'impérialisme émise par Rosa Luxemburg il y a tout juste un siècle. Malheureusement.

> Méthode Coué « internationaliste »

« sans [le soutien] de la Russie, de l'Iran et de la Chine, le sort de Bachar serait réglé depuis longtemps »

Ben voyons ! Il n’y avait ni la Russie, ni l'Iran, ni la Chine en Tunisie, en Egypte ou en Libye, et rien n’a été réglé. A moins qu’on pense que le remplacement des dictateurs par des régimes vassaux des capitalistes occidentaux soit une façon de régler les problèmes. C’est exactement ce qui attend la Syrie avec le rapport de forces actuel, et il est illusoire de penser que les « libérateurs » de la Syrie vont laisser la moindre chance aux révolutionnaires.

> Coup dur pour les propagandistes de la pensée unique en Syrie

Les rebelles syriens ont utilisé du gaz sarin, selon Carla Del Ponte

Des enquêteurs des Nations unies ont réuni des témoignages selon lesquels des insurgés syriens se sont servis de gaz sarin, un agent neurotoxique interdit par le droit international, a déclaré dimanche 5 mai la magistrate suisse Carla Del Ponte. Interrogée par la télévision helvète, la membre de la commission d’enquête indépendante de l’ONU sur les violences en Syrie a précisé que les investigations menées jusque-là ne permettaient pas de conclure que les forces gouvernementales syriennes avaient elles aussi employé des armes chimiques.

"Selon les témoignages que nous avons recueillis, les rebelles ont utilisé des armes chimiques, faisant usage de gaz sarin", a déclaré Mme Del Ponte, qui est également l’ancienne procureure du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. "Nos enquêtes devront encore être approfondies, vérifiées et confirmées à travers de nouveaux témoignages, mais selon ce que nous avons pu établir jusqu’à présent, pour le moment ce sont les opposants au régime qui ont utilisé le gaz sarin", a-t-elle ajouté. La magistrate n’a pas donné de détails sur les circonstances dans lesquelles le neurotoxique aurait été employé et a expliqué que les recherches de la commission d’enquête de l’ONU, qui doit présenter ses observations aux prochaines sessions du Conseil des droits de l’homme de l’ONU en juin, étaient loin d’être terminées.

INODORE ET INVISIBLE

Le sarin est un puissant gaz neurotoxique découvert à la veille de la seconde guerre mondiale en Allemagne et utilisé dans le métro de Tokyo en 1995. Outre son inhalation, le simple contact avec la peau de ce gaz bloque la transmission de l’influx nerveux et entraîne la mort par arrêt cardio-respiratoire. La dose létale est d’un demi-milligramme pour un adulte. Il est inodore et invisible.

Les victimes se plaignent d’abord de maux de tête violents et présentent des pupilles dilatées. Surviennent ensuite convulsions, arrêts respiratoires et coma précédant la mort. Il peut être utilisé en aérosol, notamment à partir de l’explosion de munitions mais peut également servir à empoisonner l’eau ou la nourriture, selon le Center for Disease and Control Prevention d’Atlanta.

Le régime de Bachar Al-Assad et les rebelles se sont mutuellement accusés d’avoir utilisé des armes chimiques à trois reprises, en décembre près de Homs puis en mars près d’Alep et de Damas. Washington, de son côté, est parvenu à la conclusion "avec différents degrés de certitude" que les forces gouvernementales syriennes ont fait usage de gaz sarin contre leur propre peuple. Mardi, Barack Obama a toutefois déclaré que les Etats-Unis ne savaient "pas comment [ces armes] ont été utilisées, quand elles ont été utilisées, ni qui les a utilisées".

source :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/05/06/....html