Communiqué conjoint du R@S et d’IRIS

Dans son ordonnance de référé rendue le 24 novembre 2003 dans l’affaire opposant les sociétés B2S CERITEX et MEDIATEL aux syndicats SUD CERITEX et SUD PTT ainsi qu’au RAS (Réseau associatif et syndical) et à IRIS (Imaginons un réseau Internet solidaire), intervenante volontaire aux côtés du RAS, le Premier Vice-Président du TGI de Paris confirme d’une part la juste interprétation de l’état du droit et d’autre part le bien-fondé des positions du RAS et d’IRIS sur la responsabilité des hébergeurs. Cet indispensable rappel au droit intervient tout à fait à point, le jour même de l’audience de référé concernant l’hébergeur coopératif Ouvaton. Ouvaton est assigné par la société Métrobus après son refus de se soumettre à des pressions similaires, gravement augmentées de la demande de fourniture d’informations couvertes par le secret professionnel. Le RAS et IRIS expriment leur soutien et leur solidarité à Ouvaton.

Le Président Binoche a en effet rejeté toutes les demandes des deux sociétés commerciales, renvoyant les parties à un éventuel procès au fond, et les a condamnées aux dépens ainsi qu’à payer la somme de 3000 Euros au RAS et de 2000 Euros à chacun des deux syndicats, en application de l’article 700 du NCPC.

Sur les disposition applicables au prestataire de services d’hébergement, l’ordonnance rappelle clairement que la responsabilité de l’hébergeur ne peut être établie que s’il ne se conforme pas à une injonction judiciaire de suppression d’un contenu, suivant les dispositions de l’article 43-8 de la loi sur la liberté de communication.

Sur le trouble à caractère manifestement illicite ou de dommage imminent, l’ordonnance établit l’absence d’un tel trouble et conclut qu’il n’y a pas lieu à référé. Elle souligne que la diffusion des propos reprochés aux syndicats « s’inscrit dans le cadre du droit à l’expression directe et collective des salariés reconnu par le Code du Travail ». L’ordonnance établit également que, étant donné l’imprécision des demandes des sociétés commerciales, le juge des référés ne saurait y faire droit au risque de mettre en échec le droit des auteurs des propos à se défendre dans le cadre d’un débat contradictoire, s’agissant « d’abus allégués dans l’exercice de la liberté d’expression, en l’espèce syndicale ».

Cette ordonnance confirme ainsi tout d’abord la juste interprétation de l’état du droit de la part du RAS et d’IRIS : seul un juge peut décider de la légalité ou de l’illégalité d’un contenu hébergé. Plus important, l’ordonnance montre, s’il en était besoin, que le projet de loi sur l’économie numérique (LEN) est bien liberticide : en effet, si même un juge de référé ne peut constater l’évidence d’un trouble à caractère manifestement illicite ou de dommage imminent dans une affaire qui lui est soumise, comment un hébergeur privé, commercial ou non, pourrait-il le faire, si ce n’est sous la pression d’un intérêt particulier à la recherche d’une justice privée ?

C’est donc bien une telle justice privée que le projet de LEN, s’il était confirmé en deuxième lecture le mois prochain, instaurerait en France. IRIS, dont l’intervention volontaire a été reçue eu égard à son objet qui est de favoriser la défense et l’élargissement des droits de chacun à la libre utilisation des réseaux électroniques, et le RAS, hébergeur d’associations militantes et de syndicats, poursuivront leur action engagée depuis février 2003 contre la LEN, avec les 120 organisations et 3350 personnes signataires à ce jour de la « pétition pour qu’Internet ne devienne pas une zone de non droit », et tous ceux qui souhaitent le respect de l’état de droit sur Internet (http://www.iris.sgdg.org/actions/len/petition.html).

Contact IRIS : iris-contact@iris.sgdg.org – Tel/Fax : 0144749239 ou 0607020235 Contact RAS : fs@ras.eu.org – Tel : 0689126271

La page consacrée à cettte affaire sur le site de Sud Ceritex http://membres.lycos.fr/sudceritex/b2sattaque.htm